Entretien avec András Gyürk : l’avenir de l’Europe dépend des familles européennes

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Belgique, Bruxelles – András Gyürk, député européen (Fidesz) : “L’avenir de l’Europe dépend des familles européennes”

L’Union européenne vient de signer un accord suicidaire avec la Turquie. Si cette dernière s’engage à reprendre dans ses camps une partie des immigrés arrivés depuis plusieurs mois en Europe,  en échange le processus d’intégration de la Turquie à l’UE est relancé et les titulaires d’un passeport turc pourraient bien voyager sans visa désormais dans l’UE.  Cerise sur le gâteau : Les Européens s’engagent aussi, pour chaque Syrien renvoyé, à «réinstaller» dans l’UE un autre Syrien depuis la Turquie. Il n’y a donc nullement de frein à l’invasion migratoire, mais bien une sélection de qui rentre, en fonction de sa nationalité. A cela s’ajoute enfin des milliards d’euros versés par les Européens à la Turquie.

Depuis l’invasion de l’Europe par l’Empire ottoman, difficile de trouver la trace d’une telle soumission, qui de surcroît ne dissuade pas les migrants de se jeter à l’assaut des côtes européennes. Seuls les pays d’Europe centrale semblent prendre la mesure de ce qui va arriver à l’Europe. La Hongrie a d’ailleurs annoncé vouloir fermer ses centres d’accueils pour migrants. Lors de la fête nationale (le 15 mars), Viktor Orbán, le Premier ministre, a prononcé un discours particulièrement fort adressé à tous les Européens : « Nous ne permettrons pas aux autres de nous dire qui nous laissons entrer dans notre maison et dans notre pays, avec qui nous voulons vivre, et avec qui nous allons partager notre pays. C’est pour cela que nous refusons les installations forcées de populations … et nous ne permettrons, ni les chantages ni les menaces. » avant d’appeler à l’unité en Europe : « Le temps est venu de brandir les drapeaux des nations fières, le temps est venu d’empêcher la destruction de l’Europe et de préserver l’avenir de l’Europe. Le temps est venu de demander à tous les citoyens et toutes les nations européennes, quelle que soit leur affiliation politique, d’être unies, … de s’unir ; l’unité de l’Europe doit être rétablie. Les dirigeants européens et leurs citoyens ne peuvent plus vivre dans deux mondes séparés. »

Nous avons interviewé András Gyürk, député européen membre du Fidesz (droite), le parti dirigé par Viktor Orbán, qui a bien voulu répondre en exclusivité aux questions de Breizh-info.com.

Breizh-Info : Quand se tiendra le référendum sur l’immigration? Pourquoi avoir devancé l’UE sur ce sujet?

András Gyürk : Les leaders européens ont d’abord opté pour des quotas d’accueil basés sur le volontariat, puis les ministres de l’Intérieur ont voté pour des quotas obligatoires. Selon l’alliance Fidesz-KDNP [qui gouverne la Hongrie NDLR] il est inacceptable de dispatcher entre les pays européens des immigrés contre la volonté de ceux-ci et contre la volonté du pays d’accueil désigné. Même les pays favorables aux quotas ne respectent pas les décisions prises jusqu’ici concernant les quotas.

La Hongrie a déjà attaqué devant la Cour de justice des Communautés Européennes la décision sur les quotas obligatoires. Sur le plan juridique, et aussi sur le plan politique, nous pensons qu’il est inacceptable que dans une question qui détermine dans une telle mesure le futur de la société, de la culture et de la sécurité européenne, une décision unanime ne soit pas requise à Bruxelles entre tous les pays membres. Ce n’est pas une question simple, mais il ne faut pas avoir peur de demander l’avis des citoyens. En effet, à cause de la crise migratoire et de l’effet significatif de celle-ci sur nos sociétés, il ne faut pas prendre des décisions sans eux.

Le référendum hongrois n’est pas expressément contre les décisions déjà prises, mais il est contre l’installation obligatoire comme outil généralisé. En accord avec les règles de procédure d’un référendum, celui-ci aura probablement lieu cet automne.

BI : L’Union européenne veut imposer aux pays membres des mesures pour l’immigration. N’est-ce pas une forme de dictature qui se met en place ?

András Gyürk : Les Hongrois constituent une nation qui aime la liberté, et le Fidesz parle ouvertement des problèmes aux gens et aussi de ce qu’il compte faire pour les résoudre. Nous respectons si certains pays voient la solution dans l’installation des immigrés. C’est pour cela que nous ne sommes pas contre un système basé sur le volontariat. Nous ne sommes pas d’accord avec l’installation des immigrés, mais nous ne voulons pas empêcher d’autres s’ils souhaitent le faire.

En revanche, nous attendons des autres aussi qu’ils respectent notre point de vue, notamment quand nous pensons que c’est une mauvaise politique parce qu’elle incite d’autres gens à venir en Europe. Malheureusement, lors du sommet au mois de mars 2016 le projet original incluait également, en plus des personnes déjà présentes en Europe, l’installation d’immigrés depuis la Turquie. Selon nous, il faut apporter de l’aide sur place et non pas ramener le problème en Europe.

BI : Que pensez-vous de la déclaration de Viktor Orbán lors de son discours du 28 février 2016 selon laquelle il faut « stopper Bruxelles » ??

András Gyürk : Viktor Orbán évoquait le fait que selon lui Bruxelles mène une mauvaise politique dans la gestion de la crise migratoire. Et malgré les mauvaises expériences, elle n’est pas prête à changer sa politique. Selon moi, c’est une position honnête et claire. En septembre 2015, quand la Hongrie a construit une barrière sur sa frontière avec la Serbie, nous avons reçu beaucoup de critiques de la part de nos partenaires européens. Y compris de la part de ceux qui ont construit des barrières sur leurs frontière par la suite.

Nous avions un message clair : il est possible de discuter des propositions de solutions uniquement si nous assurons d’abord les frontières de Schengen. Nous pouvons apporter une réponse au problème seulement s’il y a un contrôle à la frontière et si nous sommes capables d’arrêter ceux que nous ne laisserions pas entrer à l’intérieur de la zone Schengen. La plupart des dirigeants européens et nationaux ont déjà reconnu ce que nous disions depuis le début : il faut tout d’abord défendre les frontières.

J’espère que tôt ou tard la majorité va reconnaître que le système des quotas a des conséquences contraires à ce qui était souhaité lors de sa mise en place: à la place de réels réfugiés ce seront tous les autres migrants qui vont prendre leur chemin vers l’Europe.

BI : Les pays de l’Europe Centrale sont décrits comme étant fermés, réactionnaires, par les médias dominants à l’Ouest. Qu’en dites vous ? Le multiculturalisme de l’Ouest est-il un modèle et un exemple pour vous de société harmonieuse ?

András Gyürk : Vous serez peut-être surpris si je vous dis que la société hongroise est aussi une société multiculturelle. Il y a plus d’une douzaine de groupes ethniques qui ont leurs droits collectifs garantis par la loi et qui reçoivent de l’aide financière de l’État hongrois. En Hongrie il y a des communautés roms, juives, des Roumains, des Slovaques, des Allemands, des Ukrainiens, etc.

L’Europe Centrale a toujours été dans les turbulences de l’Histoire, telle une maison traversante. Lorsque ce n’étaient pas les peuples qui migraient, c’étaient les frontières d’État qui changeaient : à l’échelle d’une vie humaine, une personne pouvait se retrouver dans 4-5 États différents sans avoir changé de lieu.

Notre point de vue vient de ce constat: nous ne contestons pas l’immigration massive par peur de l’inconnu, mais parce que nous savons à quel point il est difficile d’atteindre la cohésion sociale. Pendant les guerres de Yougoslavie, la Hongrie a accueilli beaucoup de réfugiés. C’était tout naturel, puisque il s’agissait de nos voisins et les différences culturelles n’étaient pas infranchissables.

Aujourd’hui en Hongrie il n’existe pas une tension similaire à celle des pays occidentaux entre les différentes communautés ethniques et culturelles. En effet, même si ce n’est pas une „harmonie” totale, on peut parler presque sans exception de cohabitation paisible. Nous aimerions que cela reste ainsi.

Depuis les années 1990 personne n’est limité dans ses déplacements. Malheureusement, ainsi beaucoup d’entre nous avons pu constater la même chose que de nombreux occidentaux : l’intégration des immigrés extra-européens dans les sociétés européennes n’est qu’un demi-succès, et par endroits cela a eu des conséquences très graves. Ce n’est pas un modèle que nous aimerions suivre

BI : La Grèce laisse rentrer chaque jour de nouvelles vagues de migrants. N’y a t-il pas une réponse militaire à apporter ?

András Gyürk : La Grèce comme la Hongrie fait partie du système Schengen. Ayant des frontières extérieures de Schengen, nous avons la même obligation : contrôler qui entre sur le territoire. Ceci est de notre responsabilité envers les autres pays membres. Quand la Hongrie a fait face au déferlement migratoire, elle a renforcé son contrôle de frontière : nous avons construit une barrière, nous avons augmenté les effectifs de contrôle, et le gouvernement a donné le feu vert au déploiement de l’armée afin d’aider à contrôler la frontière.

Nous avons reçu de l’aide concrète provenant uniquement des pays de Visegrád [Hongrie, Slovaquie, République Tchèque et Pologne NDLR] et maintenant que nous pouvons assurer le contrôle de notre frontière, nous aidons les autres pays se trouvant sur la route des Balkans.

La Grèce pendant longtemps n’a même pas essayé de contrôler les entrants, elle a même refusé l’aide proposée des pays de Visegrád. Il est difficile d’aider celui qui ne veut pas s’aider lui-même. Le déploiement de l’armée peut aider à garder la frontière, mais la solution n’est pas militaire. La seule solution est d’apporter de l’aide sur place et éviter que ces gens viennent en Europe. Si nous laissons entrer en Europe plusieurs millions de réfugiés et si à cause de cela Schengen s’effondre, nous aurons reculé, et non pas avancé.

BI : Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe demain ?

András Gyürk : L’Union européenne passe d’une crise à une autre. Et ceci non pas parce que la coopération serait déficitaire, et qu’il faudrait donner plus de compétence au niveau européen, mais parce qu’à Bruxelles ils négligent systématiquement les règles déjà acceptées. Il n’y aurait pas eu de crise de l’euro si les pays membres et les institutions européennes avaient respecté les règles financières.

La crise migratoire ne serait pas si importante si les pays membres respectaient les accords de Schengen et de Dublin et qu’ils renvoyaient ceux qui n’ont pas droit à l’asile. Au lieu d’une intégration plus approfondie, il faudrait se concentrer sur le maintien des systèmes acquis.

Quant à l’avenir de l’Europe, celui-ci dépend des familles européennes. La faible natalité va conduire à des tensions sociales grandissantes. Si nous favorisons l’immigration au lieu de la natalité, alors le bouleversement des équilibres sociaux ne sera qu’une question de temps. Les gouvernements européens devraient tout faire pour favoriser la natalité. En Hongrie, depuis que le Fidesz gouverne (depuis 2010) il a fait de nombreuses mesures pour supprimer les obstacles à la natalité, et nous continuons à élargir l’éventail des mesures incitant les gens à avoir des enfants. Si nous parvenons à changer les tendances négatives de la démographie, il n’y a pas de quoi s’inquiéter de l’avenir.

 

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