Reprise de l’enquête sur la catastrophe aérienne de Smolensk : les exhumations se poursuivent

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Par Olivier Bault.

Et de 8 ! Ce sont désormais huit corps dont on sait qu’ils n’avaient pas été mis dans le cercueil qui leur était attribué et qui était arrivé plombé en Pologne avec interdiction aux familles de les faire ouvrir. Les exhumations sont en cours en Pologne dans le cadre de la reprise de l’enquête sur la tragédie de Smolensk où le président Lech Kaczyński avait trouvé la mort avec son épouse et de nombreuses autres personnalités (88 passagers en tout, plus les 8 membres de l’équipage), le 10 avril 2010. Ces exhumations et les autopsies qui les accompagnent vont concerner toutes les victimes sauf neuf dont les corps avaient déjà été exhumés sous le gouvernement de Donald Tusk en raison des erreurs évidentes dans les rapports d’autopsie russes qui laissaient penser que les corps pouvaient avoir été intervertis. Sur les neuf, six corps s’étaient avérés n’être pas ceux que l’on pensait.

Les exhumations actuelles ont, elles, pour but d’établir les causes réelles de la catastrophe dans la mesure où il n’y a pas eu de véritable enquête côté polonais, le rapport officiel du gouvernement de Donald Tusk (« rapport Miller ») s’étant contenté de reprendre de larges pans du rapport russe et s’étant basé exclusivement, pour ses propres conclusions, sur les éléments de preuves et constatations fournis par les enquêteurs russes. Aucune autopsie des victimes de la tragédie de Smolensk n’avait été faite par des médecins légistes polonais à l’arrivée des corps en Pologne et les médecins légistes polonais n’avaient pas non plus pris part aux autopsies faites à Moscou.

Et de 8 donc, puisque l’on apprenait jeudi du parquet polonais que l’exhumation du corps de Piotr Nurowski, ancien président du Comité olympique polonais, avait permis de constater que ce corps n’était pas le sien, même si l’on attend encore le résultat des analyses génétiques pour en avoir la certitude absolue. La famille de Piotr Nurowski s’était opposée à cette exhumation, considérant que faire les autopsies des victimes maintenant n’apporterait rien de nouveau. Avec les six qui étaient déjà connus et celui de Piotr Nurowski et de la victime qui se trouvait dans son cercueil, et dont l’identité sera établie par l’analyse génétique, cela fait 8 corps intervertis pour 16 autopsies réalisées (les neuf faites en 2011-2012 et les sept réalisées ou en cours depuis le mois de novembre 2016, dont les autopsies des corps du couple présidentiel.

Ceci n’empêche pas la Plateforme civique (PO) de Donald Tusk et les médias qui la soutiennent d’accuser le gouvernement du PiS de ne faire que chercher, par ces autopsies tardives, à conforter ce que l’opposition appelle « théorie du complot ». Mais pour le ministre de la Défense Antoni Macierewicz, le but de ces exhumations est de « mettre fin à cette situation d’incertitude une fois pour toute […] en ce qui concerne les corps enterrés et le déroulement du drame de Smolensk ».

Il est évident que si le gouvernement de Donald Tusk avait fait son travail en 2010, tous les corps auraient été autopsiés à leur arrivée en Pologne et le gouvernement de Beata Szydło n’aurait pas besoin de procéder aujourd’hui à toutes ces exhumations.