{"id":2792,"date":"2017-09-11T08:50:37","date_gmt":"2017-09-11T07:50:37","guid":{"rendered":"https:\/\/visegradpost.com\/?p=2792"},"modified":"2025-05-28T08:53:01","modified_gmt":"2025-05-28T07:53:01","slug":"la-fondation-carnegie-attaque-budapest-et-varsovie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/2017\/09\/11\/la-fondation-carnegie-attaque-budapest-et-varsovie\/","title":{"rendered":"La Fondation Carnegie attaque Budapest et Varsovie"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pologne et Hongrie<\/strong>\u00a0\u2013 Le 4 septembre 2017, la fondation Carnegie publiait un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Defendind EU Values in Poland an Hungary\u00a0\u00bb (D\u00e9fendre les valeurs de l\u2019UE en Pologne et en Hongrie, NDLR), dans lequel les r\u00e9dacteurs accusent Varsovie et Budapest de repr\u00e9senter une menace pour l\u2019avenir de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE). Deux jours plus tard, le 6 septembre 2017,\u00a0la Hongrie et la Slovaquie voient leur recours devant la Cour de Justice de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0(CJUE) concernant la politique de relocalisation des migrants par quotas rejet\u00e9. Tout cela alors que la Pologne et la Hongrie font l\u2019objet de proc\u00e9dures de sanctions, actuellement dans leur premier stade et \u00e9manant respectivement de la Commission europ\u00e9enne et du Parlement europ\u00e9en. Le point de non-retour semble donc proche. En tout cas, c\u2019est ce que sugg\u00e8rent Heather Grabbe et Stefan Lehne, les deux chercheurs \u00e0 l\u2019origine de l\u2019article de la fondation Carnegie.<\/p>\n<p>\u00ab Plus que le Brexit, les tendances autoritaires en Hongrie et Pologne menacent l\u2019UE car elles sapent les fondations l\u00e9gales de l\u2019Union. Les autres gouvernements de l\u2019UE doivent d\u00e9fendre l\u2019\u00c9tat de droit plus activement \u00bb. Ainsi se pr\u00e9sente le sommaire de l\u2019article de la Fondation Carnegie. D\u2019une fermet\u00e9 sans concession \u00e0 l\u2019\u00e9gard des gouvernements hongrois et polonais, les auteurs ne sont parfois pas moins tendres avec d\u2019autres \u00c9tats membres ou acteurs de l\u2019UE, accus\u00e9s de \u00ab procrastination \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Budapest et Varsovie. Bien plus qu\u2019une tentative de dresser un constat, les r\u00e9dacteurs condamnent et multiplient les injonctions. Dans leur conclusion, ils mettent en garde les deux \u00c9tats en leur signifiant que \u00ab s\u2019ils ne font pas marche-arri\u00e8re, le prix \u00e0 payer sera \u00e9lev\u00e9 \u00bb. La fondation Carnegie s\u2019immisce ainsi ouvertement dans le jeu politique et compte bien que son discours soit repris par \u00ab les chefs d\u2019\u00c9tats et de gouvernement europ\u00e9en pour convaincre Budapest et Varsovie de changer de comportement \u00bb.<\/p>\n<p><strong>La Fondation Carnegie , \u00ab 100 ans d\u2019impact \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Lanc\u00e9e en 1910 par l\u2019industriel am\u00e9ricain Andrew Carnegie, la Fondation \u00e9ponyme trouve son origine dans les conseils de ses amis Elihu Root (ancien secr\u00e9taire \u00e0 la Guerre de William McKinley et ancien secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de Theodore Roosevelt) et Nicholas M. Butler (recteur de la Columbia University). Prix Nobel de la Paix en 1912, Root fut un des initiateurs de la cr\u00e9ation de la Cour de la Haye, dont Carnegie financera la construction. McKinley est connu pour avoir d\u00e9clench\u00e9 la guerre contre l\u2019Espagne pour pr\u00e9tendument lib\u00e9rer Cuba et les Philippines. Roosevelt (prix Nobel de la paix en 1906) a quant \u00e0 lui annex\u00e9 le Panama et envahi Saint-Domingue et le Honduras. La Fondation a vu le jour dans ce contexte de lutte am\u00e9ricaine contre la colonisation europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Ses actions vendues au banquier J.P Morgan, Andrew Carnegie meurt en 1919, alors que Root, le directeur de la Fondation, cr\u00e9\u00e9 en parall\u00e8le le Conseil des relations \u00e9trang\u00e8res (CFR), alors abondamment financ\u00e9 par la Fondation, dont le poids est encore aujourd\u2019hui \u00e9minemment important dans la d\u00e9termination de la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine. Butler prend \u00e0 son tour la t\u00eate de la Fondation Carnegie et la dirigera jusqu\u2019en 1946, avant de laisser place aux fr\u00e8res Dulles. John Foster Dulles (pr\u00e9sident du Conseil national des Eglises et ambassadeur aux Nations unies, futur secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat) prend les r\u00eanes de la Fondation Carnegie, alors que son fr\u00e8re Allen (ancien responsable de l\u2019OSS et futur directeur de la CIA) devient pr\u00e9sident du CFR. Les deux fr\u00e8res sont solidement soutenus par la Fondation Rockefeller. John Foster Dulles en deviendra d\u2019ailleurs le pr\u00e9sident en 1948 et sera \u00e9lu \u00ab homme de l\u2019ann\u00e9e \u00bb par le Time Magazine en 1954.<\/p>\n<p>De 1950 \u00e0 1971, la Fondation est pr\u00e9sid\u00e9e par Joseph E. Johnson, ancien directeur du Secr\u00e9tariat \u00e0 la D\u00e9fense pour les affaires de s\u00e9curit\u00e9 internationale. Le relais sera assur\u00e9 par Thomas L. Hugues (1971-1991) et Morton I. Abramowitz (1991-1997), tout deux anciens directeurs du renseignement au d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat). Abramowitz nomme Robert Carswell (ancien agent de Bureau de renseignement de la Navy et principal n\u00e9gociateur lors de la crise des otages en Iran en 1979-1981) comme directeur. La Fondation ach\u00e8te la revue\u00a0<em>Foreign Policy<\/em>\u00a0cr\u00e9\u00e9e par Samuel Huntington et s\u2019\u00e9tablit \u00e0 Washington.\u00a0L\u2019Arms Control Association\u00a0et le\u00a0German Marshall Fund of the United States\u00a0financ\u00e9 par la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Allemagne voient le jour sous l\u2019\u00e9gide de la Fondation Carnegie en 1971 et 1972.<\/p>\n<p>En 1993, la Fondation Carnegie ouvre des bureaux \u00e0 Moscou et conseille Boris Eltsine par l\u2019interm\u00e9diaire du Premier Ministre Yegor Ga\u00efdar (Lire :\u00a0<em>Gorbachev, Yeltsin, and Putin: Political Leadership in Russia\u2019s Transition<\/em>, Carnegie Endowment Series, Washington, Carnegie Endowment for International Peace (September 1, 2001)), connu pour son adh\u00e9sion aux privatisations \u00e0 marche forc\u00e9e et autres th\u00e9rapies de choc et sa proximit\u00e9 avec l\u2019\u00e9cole de Chicago.<\/p>\n<p>La Fondation Carnegie met \u00e9galement sur pied le\u00a0Groupe des 50, un conglom\u00e9rat regroupant les patrons de multinationales ayant des activit\u00e9s en Am\u00e9rique latine. Ce groupe est \u00e0 l\u2019origine du projet de Zone de libre-\u00e9change des Am\u00e9riques et a notamment \u00e9t\u00e9 anim\u00e9 par Moises Naim, ancien ministre v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien du Commerce et de l\u2019Industrie avant l\u2019\u00e9poque chaviste et, encore aujourd\u2019hui, principal \u00e9ditorialiste pour la revue\u00a0<em>Foreign Policy<\/em>.<\/p>\n<p>En 1997, la pr\u00e9sidence de la Fondation Carnegie est brigu\u00e9e par Jessica T. Mathews (ancienne directrice des Affaires globales au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 nationale). Sous sa pr\u00e9sidence, William H. Donaldson (intime de la famille Bush et futur pr\u00e9sident de la Commission des op\u00e9rations de Bourse-SEC, l\u2019organisme f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain de r\u00e9glementation et de contr\u00f4ler des march\u00e9s financiers) est nomm\u00e9 directeur. Le duo Mathews-Donaldson s\u2019emploiera \u00e0 mener la m\u00eame politique d\u2019influence aupr\u00e8s de P\u00e9kin que celle mise en place \u00e0 Moscou par Abramowitz en 1993. A cet effet des ponts sont jet\u00e9s entre la Fondation Carnegie et l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes strat\u00e9giques de l\u2019Ecole du Parti \u00e0 P\u00e9kin et l\u2019Acad\u00e9mie des sciences sociales de Shangha\u00ef, alors qu\u2019une antenne de la Fondation est cr\u00e9\u00e9e au sein de l\u2019universit\u00e9 p\u00e9kinoise de Tsinghua. Par ailleurs, c\u2019est sous le mandant Mathews que sont ouverts les bureaux de Beyrouth (2006) et Bruxelles (2007), mais aussi celui du Kazakhstan (2011).<\/p>\n<p>L\u2019ambition affich\u00e9e \u00e0 cette p\u00e9riode est de faire de la fondation Carnegie le premier thing-tank mondial. La Fondation f\u00eate alors son centenaire et publie \u00e0 l\u2019occasion une brochure intitul\u00e9e\u00a0\u00ab 100 years of Impact \u00bb\u00a0en se qualifiant d\u00e9sormais de \u00ab think tank global \u00bb. Dans cette brochure, la Fondation dit avoir maintenu avec succ\u00e8s son positionnement non-partisan et pr\u00e9cise que ses experts ont pour r\u00f4le de se pencher sur les probl\u00e8mes de non-prolif\u00e9ration, de s\u00e9curit\u00e9 globale, de terrorisme, de d\u00e9veloppement en Russie, en Eurasie, en Chine et au Moyen-Orient, de questions li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mondiale, au changement climatique et la rar\u00e9faction des \u00e9nergies, mais encore \u00e0 la mont\u00e9e de puissances \u00e9mergentes et d\u2019acteurs non-\u00e9tatiques. Dans la partie consacr\u00e9e \u00e0 son bureau de Moscou, la Fondation qualifie sa pr\u00e9sence d\u2019ind\u00e9pendante et ses analyses d\u2019objectives. Pour ce qui est de sa pr\u00e9sence \u00e0 Bruxelles, la Fondation \u00e9voque qu\u2019elle \u00ab vise \u00e0 favoriser de nouveaux modes de pens\u00e9e quant aux \u00e9normes d\u00e9fis internationaux qui fa\u00e7onnent le r\u00f4le de l\u2019Europe dans le monde \u00bb.<\/p>\n<p>Depuis 2015, la Fondation Carnegie est pr\u00e9sid\u00e9e par William Joseph Burns (ancien secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat sous l\u2019\u00e8re Obama), personnalit\u00e9 que le magazine am\u00e9ricain\u00a0The Atlantic qualifie en 2013\u00a0d\u2019 \u00ab arme diplomatique secr\u00e8te de la Maison-Blanche \u00bb.<\/p>\n<p>Les personnes ayant pr\u00e9sid\u00e9 ou dirig\u00e9 au plus au niveau la Fondation Carnegie pour la paix internationale sont, sans aucune exception, toutes des membres de l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine, en ce qu\u2019elles y ont exerc\u00e9 les plus hautes fonctions dans le domaine du renseignement (militaire ou civil), des affaires \u00e9conomiques et diplomatiques. Sauf \u00e0 penser que les pr\u00e9sidents successifs de la Fondation Canergie aient absolument pu couper tous leurs liens avec la haute administration f\u00e9d\u00e9rale pour se consacrer \u00e0 la production d\u2019\u00e9tudes ind\u00e9pendantes et objectives, cet organisme est un outil de la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-unis, \u00ab une arme diplomatique secr\u00e8te \u00bb, comme est surnomm\u00e9 son pr\u00e9sident actuel.<\/p>\n<p><strong>La Fondation Carnegie, \u00ab une arme diplomatique secr\u00e8te \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019au d\u00e9but de la Guerre froide, le r\u00f4le cl\u00e9 jou\u00e9 par la Fondation Carnegie ne fut jamais dissimul\u00e9. La Fondation pour la paix internationale \u00e9tait alors ouvertement une composante et un acteur de la diplomatie US. Au lendemain de la Premi\u00e8re guerre mondiale, cinq membres de la Fondation accompagne le Pr\u00e9sident Woodrow Wilson sur le USS George Washington dans sa travers\u00e9e de l\u2019Atlantique pour rejoindre la France o\u00f9 ont lieu les n\u00e9gociations de paix. Nicholas Murray Butler, deuxi\u00e8me pr\u00e9sident de la Fondation, jouera un grand r\u00f4le aupr\u00e8s du secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat Franck Billings Kellogg dans la signature du Pacte Kellogg-Briand et obtiendra pour cela le Prix Nobel de la Paix en 1931. A l\u2019origine, les membres de la Fondation sont les conseillers de premier plan des plus importants diplomates am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Au sortir de la Seconde guerre mondiale, avec l\u2019\u00e9mergence de deux p\u00f4les et la Guerre froide qui se profile, la Fondation Carnegie est au c\u0153ur d\u2019un scandale impliquant son premier pr\u00e9sident d\u2019apr\u00e8s-guerre Alger Hiss. Ce dernier, alors dans la course avec Richard Nixon pour obtenir le poste de secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat, est alors accus\u00e9 par le communiste repenti Whittaker Chambers d\u2019\u00eatre un espion sovi\u00e9tique. Certains journalistes \u00e9voqueront par la suite les pressions op\u00e9r\u00e9es par Nixon sur Chambers pour \u00e9carter Hiss (Voir Tim Weiner,\u00a0<em>Enemies: A History of the FBI<\/em>\u00a0(Allen Weiner, 2012), p. 159), ce qui est encore \u00e0 ce jour d\u00e9battu. Quoi qu\u2019il en soit, la Fondation Carnegie est alors pr\u00e9sente au plus haut sommet de l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain, l\u00e0 o\u00f9 les strat\u00e9gies de mise en oeuvre des int\u00e9r\u00eats US sont d\u00e9cid\u00e9es. Suite \u00e0 cet interm\u00e8de Hiss, la Fondation sera pr\u00e9sid\u00e9e par des dirigeants des renseignements civile et militaire jusqu\u2019en 1997. Alors qu\u2019elle affirmait ouvertement son r\u00f4le dans la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats sous le mandats de ses pr\u00e9sidents Root et Butler, la Fondation devient \u00e0 partir de 1949-1950 \u00e9troitement li\u00e9s aux services f\u00e9d\u00e9raux, ce qui explique sa n\u00e9cessaire reconversion en pr\u00e9tendu centre de recherche et d\u2019analyse. La Carnegie met en place un Programme de Droit international charg\u00e9 de produire des analyses sur l\u2019\u00e9volution des organisations internationales, la r\u00e9volution technologique facilitant la production de nouveaux outils militaires, l\u2019expansion communiste, l\u2019apparition de nouveaux \u00c9tats ind\u00e9pendants et les nouvelles formes d\u2019activit\u00e9s \u00e9conomiques incluant les multinationales et les organisations inter-gouvernementales. La Fondation est alors une arme aidant les \u00c9tats-unis \u00e0 leur lutte contre l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre discours de Ronald Reagan devant le Parlement britannique le 8 juin 1982, au cours duquel l\u2019Union est qualifi\u00e9 \u00ab d\u2019Empire du mal \u00bb, marque un tournant dans la strat\u00e9gie US \u00e0 l\u2019\u00e9gard du bloc sovi\u00e9tique. Ce tournant aura des cons\u00e9quences, encore d\u2019actualit\u00e9 aujourd\u2019hui, sur le financement de la Fondation Carnegie. En proposant de soutenir les dissidents de l\u2019Est et d\u2019ailleurs,\u00a0Reagan affirme\u00a0qu\u2019 \u00ab il s\u2019agit de contribuer \u00e0 cr\u00e9er l\u2019infrastructure n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9mocratie : la libert\u00e9 de la presse, des syndicats, des partis politiques, des universit\u00e9s : ainsi les peuples seront-ils libres de choisir la voie qui leur conviendra pour d\u00e9velopper leur culture et r\u00e9gler leurs diff\u00e9rends par des moyens pacifiques \u00bb.<\/p>\n<p>Une commission bi-partisane propose au Congr\u00e8s de cr\u00e9er un Fondation nationale pour la d\u00e9mocratie (NED), ce qui sera fait en novembre 1983 et disposera imm\u00e9diatement de financement. La NED utilise son budget, vot\u00e9 et allou\u00e9 chaque ann\u00e9e par le Congr\u00e8s, pour faire fonctionner quatre structures : le Centre am\u00e9ricain pour la solidarit\u00e9 des travailleurs (ACILS, g\u00e9r\u00e9 par le syndicat AFL-CIO), le Centre pour l\u2019entreprise priv\u00e9e internationale (le CIPE, g\u00e9r\u00e9 par la Chambre de Commerce des \u00c9tats-unis), l\u2019Institut r\u00e9publicain international (g\u00e9r\u00e9 par le Parti r\u00e9publicain) et l\u2019Institut national d\u00e9mocratique pour les affaires internationales (g\u00e9r\u00e9 par le Parti d\u00e9mocrate). Le fonctionnement de la NED se veut bas\u00e9 sur la diversit\u00e9 sociale, la soci\u00e9t\u00e9 civile et le pluralisme politique, financ\u00e9 par le peuple am\u00e9ricain par l\u2019interm\u00e9diaire du Congr\u00e8s, et \u0153uvrant \u00e0 un id\u00e9al universel.<\/p>\n<p>Cependant, la reconstitution chronologique des faits laissent appara\u00eetre une tout autre r\u00e9alit\u00e9. Avant la d\u00e9claration de Reagan \u00e0 Londres, les \u00c9tats-unis sont secou\u00e9s par les conclusions de plusieurs enqu\u00eates parlementaires concernant\u00a0les agissements la CIA. Ces enqu\u00eates avaient alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9es que la CIA allaient jusqu\u2019\u00e0 fomenter des coups d\u2019\u00c9tats pour conqu\u00e9rir des march\u00e9s, notamment en Am\u00e9rique latine. Le Congr\u00e8s d\u00e9cide d\u2019interdire ces actions. C\u2019est dans ce contexte et pour pallier \u00e0 cette d\u00e9cision du Congr\u00e8s que la commission bi-partisane a \u00e9t\u00e9 mise sur pied par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 nationale. La commission est pr\u00e9sid\u00e9e par le repr\u00e9sentant sp\u00e9cial des \u00c9tats-unis pour le Commerce, ce qui ne corrobore pas les bienveillantes intentions de Ronald Reagan affich\u00e9es \u00e0 Londres en novembre 1983. Aujourd\u2019hui, il est \u00e9tabli que le discours bien-intentionn\u00e9 de Ronald Reagan n\u2019avait pour seul but de masquer une autre r\u00e9alit\u00e9 qui consistait en une r\u00e9organisation, notamment financi\u00e8re, des actions externes des Etats-unis. La \u00ab directive pr\u00e9sidentielle 77 \u00bb datant du 14 janvier 1983 et\u00a0d\u00e9classifi\u00e9e vingt ans plus tard\u00a0le prouve. Ce document concerne l\u2019organisation interne du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 nationale dont un des membres devra d\u00e9sormais orchestrer le fonctionnement de la future NED. La Fondation Carnegie va profiter, \u00e0 double-titre titre, de cette reconfiguration fonctionnelle de la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la manne financi\u00e8re obtenue chaque ann\u00e9e par la NED, via le Congr\u00e8s, irrigue pas moins de\u00a06000 organisations non-gouvernementales, dont la Fondation Carnegie. Selon le pr\u00e9sident actuel de la NED, Carl Gersham, le r\u00f4le de la NED est \u00ab\u00a0juste de mettre un peu d\u2019eau sur les plantes\u00a0\u00bb. Journaux, partis, syndicats, organisations, associations de femmes, etc. sont ainsi financ\u00e9s par la NED. Officiellement la somme annuelle g\u00e9r\u00e9e par la NED est de 60 millions de dollars mais beaucoup de fonds transitent par la NED, notamment lorsqu\u2019ils proviennent de l\u2019Agence d\u2019aide internationale (USAID). Il est impossible de chiffrer exactement l\u2019argent g\u00e9r\u00e9 par la NED. Quelques indices permettent n\u00e9anmoins d\u2019arriver \u00e0 des ordres de grandeur. Le projet europ\u00e9en \u00e9quivalent \u00e0 la NED, enti\u00e8rement public, l\u2019European Instrument for Democracy and Human Rights (EIDHR), est de 7 milliards d\u2019euros annuels, alors que ce bureau ne sert que d\u2019appoint aux op\u00e9rations de la NED. L\u2019actuel pr\u00e9sident de la NED reconnait d\u2019ailleurs que \u00ab ce chiffre de 60 millions de dollars est trompeur car cet argent va dans 80 pays \u00bb. Cette architecture participe d\u2019une strat\u00e9gie de \u00ab non-gouvernementalisation \u00bb des budgets qui permet de ne pas violer la souverainet\u00e9 nationale d\u2019autres \u00c9tats tout en leur enjoignant d\u2019infl\u00e9chir leur politique.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, les liens entre la NED et la Fondation Carnegie ne peuvent \u00eatre plus serr\u00e9s. Celui qui fut l\u2019un des plus influents pr\u00e9sidents de la Carnegie, Morton I. Abramowitz, a \u00e9t\u00e9\u00a0en m\u00eame temps administrateur de la NED. Le pr\u00e9sident actuel de la Fondation Carnegie, l\u2019ancien ambassadeur en Russie et en Jordanie et ancien secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat, est pr\u00e9sent\u00e9 sur le site de la NED comme\u00a0l\u2019un de ses principaux experts. La fondation Carnegie est hautement intriqu\u00e9e avec le dispositif pr\u00e9tendument non-gouvernemental de la NED. Selon Ron Paul, s\u00e9nateur r\u00e9publicain \u2013 et libertarien -, \u00ab il serait temps de mettre fin \u00e0 cette relique de la guerre froide ne faisant qu\u2019attiser l\u2019antiam\u00e9ricanisme \u00bb. La NED est le centre n\u00e9vralgique d\u2019un vaste r\u00e9seau d\u2019organisations charg\u00e9s de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats US.<\/p>\n<p>En 25 ann\u00e9es d\u2019existence, elle aura particip\u00e9 \u00e0 la structuration et aux financements des principaux syndicats non-communistes. En France, Irving Brown, dirigeant du Centre am\u00e9ricain pour la solidarit\u00e9 des travailleurs (ACILS) de 1948 \u00e0 1989, branche syndicale de la NED \u00e0 partir de 1983, se targuera \u00e0 la fin de sa vie d\u2019avoir all\u00e8grement manipul\u00e9 le syndicat fran\u00e7ais\u00a0Force ouvri\u00e8re\u00a0(FO). FO est encore aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme un syndicat jaune et patronal par beaucoup de mineurs lorrains mis en retraite forc\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Brown n\u2019en dit pas moins quant\u00a0au syndicat \u00e9tudiant UNI, o\u00f9 ont notamment milit\u00e9 MM. Sarkozy et Fillon. En outre, il arbore avec fiert\u00e9 ses rapports tr\u00e8s personnels avec MM. Cambad\u00e9lis et Jospin, dirigeants socialistes d\u2019extraction trotskiste. Install\u00e9 au 10 rue la Paix \u00e0 Paris, Irving Brown se charge du financement de la lutte contre les communistes grecs ou encore celle contre Salvador Allende au Chili. Au cours de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, il a pour projet de faire passer l\u2019Alg\u00e9rie sous contr\u00f4le am\u00e9ricain. En 1984, il organise les manifestations mondiales contre la tourn\u00e9e de M. Gorbatchev et contribue ainsi \u00e0 casser le regain de vigueur de l\u2019Union sovi\u00e9tique. En 1985, il d\u00e9clare que l\u2019Union sovi\u00e9tique ne tardera pas \u00e0 s\u2019effondrer. En 1988, Ronald Reagan le d\u00e9core de la m\u00e9daille pr\u00e9sidentielle de la Libert\u00e9.<\/p>\n<p>La Fondation Carnegie fait partie de ces centaines d\u2019organisations servant d\u2019outil op\u00e9rationnel \u00e0 la NED. Parmi ces organisations, on compte notamment Transparency international (TI), cr\u00e9\u00e9e par Peter Eigen en 1993, juriste allemand ayant travaill\u00e9 25 ans \u00e0 la Banque mondiale puis consultant \u00e0 la Fondation Ford et enfin expert \u00e0 la Fondation Carnegie. Les dirigeants historiques de TI sont notamment l\u2019officier de renseignement militaire US Micheal J. Hershman, ancien administrateur du CIPE puis responsable du recrutement au FBI et administrateur de l\u2019agence de renseignement priv\u00e9e Fairfax Group, ancien n\u00b02 de l\u2019USAID et dirigeant de l\u2019unit\u00e9 anti-terroriste de la Chambre de Commerce des \u00c9tats-unis, et Frank Vogt, ancien de la Banque mondiale et proche de Paul Wolfowitz. Ce dernier a laiss\u00e9 son nom \u00e0 la doctrine \u00e9ponyme donnant aux \u00c9tats-unis le r\u00f4le de \u00ab gendarme du monde \u00bb. Wolfowitz est \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9daction du Defense Policy Guidance, document classifi\u00e9 dont des extraits r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par le New York Times et le Washington Post ont montr\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait une th\u00e9orisation de la supr\u00e9matie US au sortir de la premi\u00e8re Guerre du Golfe. TI a depuis quelques ann\u00e9es le gouvernement hongrois dans son viseur. En 2008, TI avait d\u00e9nonc\u00e9 la corruption de la compagnie p\u00e9troli\u00e8re publique du Venezuela, sur la base d\u2019informations s\u2019\u00e9tant par la suite r\u00e9v\u00e9l\u00e9es falsifi\u00e9es. A cette \u00e9poque, le correspondant du CIPE au Venezuela n\u2019\u00e9tait autre que Pedro Carmona, auteur du putsch contre Hugo Chavez en 2002. TI est financ\u00e9e par\u00a0BP-Amoco, Exxon, Rio Tinto et Shell.<\/p>\n<p>L\u2019Open Society de George Soros fait aussi partie de ces organisations. Heather Grabbe, l\u2019une des deux r\u00e9dacteurs de l\u2019article condamnant la Hongrie et la Pologne, est la directrice de\u00a0la branche europ\u00e9enne de l\u2019Open Society. Grabbe a travaill\u00e9 de 2004 \u00e0 2009 aupr\u00e8s du commissaire europ\u00e9en charg\u00e9 de l\u2019\u00e9largissement Olli Rehn.\u00a0Dans un entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e0 un journaliste am\u00e9ricain, George Soros a d\u00e9clar\u00e9 que le seul but de ses activit\u00e9s \u00e9tait de faire de l\u2019argent, ce pourquoi il ne pouvait pas s\u2019int\u00e9resser aux cons\u00e9quences sociales de ses actes. Il a reconnu que cela n\u2019\u00e9tait que sp\u00e9culation et parfaitement amoral. Dans ce m\u00eame entretien, il a avou\u00e9 avoir particip\u00e9 avec son p\u00e8re, alors qu\u2019il n\u2019avait que 13-14 ans, \u00e0 la confiscation des biens de propri\u00e9taires juifs \u00e0 Budapest sous l\u2019occupation allemande, ne ressentant aucune culpabilit\u00e9, d\u00e9clarant que, s\u2019il n\u2019avait pas particip\u00e9 \u00e0 ce pillage, quelqu\u2019un d\u2019autre l\u2019aurait fait \u00e0 sa place, poussant la comparaison au fonctionnement d\u2019un march\u00e9 \u00e9conomique o\u00f9 un acteur peut \u00e0 tout moment remplacer un autre, avant de conclure que la culpabilit\u00e9 n\u2019est pas un sentiment pouvant \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 dans le cadre d\u2019une activit\u00e9 amorale comme la sienne. Toujours dans cet \u00e9change, George Soros explique qu\u2019il cherchera toujours \u00e0 domicilier ses activit\u00e9s financi\u00e8res dans des zones o\u00f9 les r\u00e9glementations sont quasi-absentes. Sa principale soci\u00e9t\u00e9, le Quantum Fund passe depuis 1969 de paradis fiscaux en paradis fiscaux. Le 20 d\u00e9cembre 2002, Soros est condamn\u00e9 \u00e0 2,2 millions d\u2019euros d\u2019amende par le Tribunal correctionnel de Paris pour d\u00e9lit d\u2019initi\u00e9 lors du raid boursier contre la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale en 1988. Il est connu pour avoir attaqu\u00e9 la livre sterling en septembre 1992, gagnant ainsi 1 milliard de dollars au d\u00e9triment du contribuable britannique. Il a par ailleurs b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la crise tha\u00eflandaise de 1997 et plus largement de la crise asiatique, mais a essuy\u00e9 de fortes pertes lors du krach de 1987, la crise russe de 1998 et l\u2019\u00e9clatement de la bulle internet. Via les soci\u00e9t\u00e9s Harken Energy et Spectrum 7, George Soros a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9puration des dettes de la famille Bush en 1990. Dans un entretien au journal\u00a0<em>The Nation<\/em>\u00a0lui demandant de s\u2019expliquer sur son geste, Soros a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il avait agit ainsi pour \u00ab s\u2019acheter une influence politique \u00bb. Cela lui vaut un droit d\u2019entr\u00e9e au Carlyle Group, alors plus grande soci\u00e9t\u00e9 de gestion de porte-feuille au monde, s\u2019\u00e9tant notamment occup\u00e9 du patrimoine des familles Bush et Ben Laden. Ce groupe est en outre l\u2019un des 10 plus gros fournisseurs du Pentagone, une fois l\u2019ensemble de ses soci\u00e9t\u00e9s filles prises en compte. C\u2019est au Carlyle Group que George Soros se lie d\u2019amiti\u00e9 avec l\u2019oligarque russe Michail Khodorkovsky. En 1994,\u00a0Soros cr\u00e9\u00e9 l\u2019International Crisis Group, dont le conseil d\u2019administration sera notamment compos\u00e9 des anciens conseillers nationaux de s\u00e9curit\u00e9 Richard Allen et Zbiegniew Brzezinski, mais aussi de Simone Veil, un temps pr\u00e9sidente du m\u00e9morial de la Shoah et ignorant probablement tout de la jeunesse de Soros \u00e0 Budapest, et enfin de Christine Ockrent, journaliste \u00e9pouse de l\u2019ex-gouverneur du Kosovo Bernard Kouchner.<\/p>\n<p>D\u00e8s 2013, Ulrich Grillo, alors \u00e0 la t\u00eate de la Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI), l\u2019Union f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019Industrie allemande, r\u00e9clame l\u2019arriv\u00e9e sur le sol allemand de 800 000 travailleurs immigr\u00e9s pour contrer la d\u00e9mographie allemande vieillissante et\u00a0faire pression \u00e0 la baisse sur les salaires. Au printemps 2015, Antonio Guterres, alors Haut-Commissaire aux r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019ONU, supprime l\u2019aide humanitaire aux Syriens stationn\u00e9s en Turquie, ce qui provoquera leur migration vers l\u2019Europe par la route des Balkans. Difficile \u00e0 imaginer que la d\u00e9cision de Guterres ait pu \u00eatre prise sans l\u2019aval des autorit\u00e9s turques, am\u00e9ricaines et allemandes. Les services secrets autrichiens (\u00d6sterreichischen Abwehramts) ont relev\u00e9 cet accord. Antonio Guterres deviendra plus tard le nouveau secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU. Financ\u00e9 par plusieurs associations de Soros, les humanitaires encadrent l\u2019accueil de ces Syriens, rejoint par la suite par des Afghans et des Irakiens (<em>Sous nos yeux<\/em>, Th. Meyssan, \u00e9d. Demie-Lune, Collection r\u00e9sistances 2017). Des dizaines de milliers de migrants arrivent en Allemagne et le flux continue. Les r\u00e9actions ne tardent pas \u00e0 arriver. Certains syndicats ouvriers allemands d\u00e9noncent la man\u0153uvre de leur patronat. Le gouvernement hongrois d\u00e9cide de dresser une cl\u00f4ture le long de la fronti\u00e8re serbe pour r\u00e9guler le flux. Dans le m\u00eame temps, un Think thank allemand, l\u2019European Security Initiative (ESI) se prononce le 17 septembre puis le 4 octobre 2015 pour un arr\u00eat des flux passant par un accord entre l\u2019UE et la Turquie, mais aussi en r\u00e9partissant 500 000 r\u00e9fugi\u00e9s syriens suppl\u00e9mentaires dans les 12 mois \u00e0 venir. Au del\u00e0 de cette limite, la Turquie devra reprendre les autres migrants et pourra obtenir une dispense de visa pour tous ses ressortissants.\u00a0Les 17 et 18 mars 2016, le Conseil europ\u00e9en s\u2019engage \u00e0 verser 3 milliards d\u2019euros annuels \u00e0 la Turquie pour l\u2019aider dans ses obligations, sans le moindre m\u00e9canisme de contr\u00f4le et met fin aux visas pour l\u2019entr\u00e9e des Turcs dans l\u2019UE. Par ailleurs, l\u2019imprimerie nationale fran\u00e7aise ayant assur\u00e9 la fabrication des passeports syriens jusqu\u2019en 2010 et disposant ainsi de plaques savamment conserv\u00e9es, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ont profit\u00e9 de cette occasion pour faire partir vers l\u2019Allemagne des Maghr\u00e9bins et des Libanais probl\u00e9matiques en leur fournissant des faux-passeports syriens (<em>Sous nos yeux<\/em>, Th. Meyssan, \u00e9d. Demie-Lune, Collection r\u00e9sistances 2017), ce que\u00a0les autorit\u00e9s allemandes ne tarderont pas \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>En 2004, \u00e0 New York, George Soros accueille Gerald Knaus, directeur de l\u2019ESI pour discuter de la coop\u00e9ration entre leurs deux organisations. Il est alors convenu qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir le rapprochement entre les deux instituts sera approfondi et que\u00a0leur collaboration sera appel\u00e9e \u00e0 s\u2019\u00e9largir. Par ailleurs , avant de fonder l\u2019ESI,\u00a0Gerald Knaus\u00a0a \u00e9t\u00e9 analyste \u00e0 l\u2019antenne moscovite de la Fondation Carnegie, notamment sp\u00e9cialis\u00e9 dans les questions d\u2019\u00e9largissement de l\u2019UE, ce qui pourrait faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude sur l\u2019origine des fonds de l\u2019ESI. Les liens entre la Fondation Carnegie, l\u2019Open Society et l\u2019ESI ne sont en rien cach\u00e9s et prennent largement place dans le dispositif de la NED, outil strat\u00e9gique de la diplomatie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019est intervenu la condamnation de la Hongrie et de la Pologne par la Fondation Carnegie dans un article du 4 septembre 2017.<\/p>\n<p><strong>La Fondation Carnegie face aux cas polonais et hongrois<\/strong><\/p>\n<p>Rappelant les proc\u00e9dures de sanctions en cours contre la Pologne et la Hongrie sur la base base de l\u2019article 7 du Trait\u00e9 sur l\u2019UE (TUE), les auteurs de l\u2019article s\u2019empressent de rappeler que ce m\u00e9canisme ne pourra aboutir s\u2019il ne requiert pas l\u2019unanimit\u00e9 contre un seul \u00c9tat membre. Varsovie et Budapest s\u2019\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 assur\u00e9s de leur soutien mutuel au cours d\u2019un \u00e9ventuel vote sur cette question, les auteurs ne pensent pas que cette proc\u00e9dure soit en mesure de r\u00e9soudre le probl\u00e8me magyaro-polonais.<\/p>\n<p>Heather Grabbe et Stefan Lehne d\u00e9plore ainsi l\u2019absence de cadre contraignant permettant de sanctionner tout \u00e9cart d\u2019un \u00c9tat membre des valeurs de l\u2019UE d\u00e9gag\u00e9es \u00e0 partir de 1992. Ils signalent que le cadre l\u00e9gal pr\u00e9vu \u00e0 cet effet est minimaliste compar\u00e9 \u00e0 celui existant en mati\u00e8re d\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique. Ils rappellent qu\u2019en revanche l\u2019UE se doit de \u00ab respecter l\u2019identit\u00e9 nationale des \u00c9tats membres \u00bb. Selon les auteurs, le dispositif de sanctions pr\u00e9vu par l\u2019article 7 avait \u00e9t\u00e9 mis en place pour traiter de cas extr\u00eames, notamment d\u2019\u00e9ventuels coups de force. Pour ce qui de la situation actuelle, il est parfaitement inefficace. Devant cette impuissance, les autres \u00c9tats membres n\u2019osent pas aller plus loin dans la mise en oeuvre de nouveaux dispositifs, essentiellement pour quatre raisons selon les auteurs.<\/p>\n<p>En premier lieu, les auteurs avancent le concept de \u00ab r\u00e9flexe de souverainet\u00e9 \u00bb. Op\u00e9rant une c\u00e9sure entre deux conceptions de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne : l\u2019une f\u00e9d\u00e9raliste, avanc\u00e9e par le Benelux et l\u2019Allemagne, une autre plus souverainiste, d\u00e9fendue par la France, le Danemark et le Royaume-uni, les auteurs rappellent la caract\u00e8re particulier des pays d\u2019Europe centrale et orientale, les consid\u00e9rant comme tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 leur souverainet\u00e9 retrouv\u00e9 dans les ann\u00e9es 90. Grabbe et Lehne notent que l\u2019intensit\u00e9 de ce r\u00e9flexe n\u2019a fait qu\u2019augmenter avec la crise financi\u00e8re de 2008 et la plus r\u00e9cente crise des migrants.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, les auteurs avancent que, le vie de l\u2019Union \u00e9tant avant tout consensuelle, une s\u00e9rie de sous-groupes ont progressivement vu le jour, d\u00e9cr\u00e9dibilisant ainsi le fonctionnement de l\u2019UE. Les auteurs citent le groupe de Visegr\u00e1d, les membres nordiques, le Benelux, les producteurs agricoles de la M\u00e9diterran\u00e9e, les b\u00e9n\u00e9ficiaires nets des fonds europ\u00e9ens, mais encore les groupement de partis politiques, comme le Parti populaire europ\u00e9en (PPE). Ce m\u00eame PPE est d\u2019ailleurs tr\u00e8s nettement dans le viseur des auteurs, en ce que son inaction aurait laiss\u00e9 M. Orb\u00e1n continuer sa d\u00e9rive autoritaire.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, les auteurs invoquent le \u00ab Glasshouse Syndrome \u00bb pour expliquer cette inaction des autres \u00c9tats membres. Selon Grabbe et Lehne, certains \u00c9tats ont peur de cr\u00e9er un pr\u00e9c\u00e9dant en allant plus loin dans la condamnation de la Hongrie et de la Pologne. D\u2019apr\u00e8s eux, aucun \u00c9tat membre n\u2019est irr\u00e9prochable sur le plan du respect des valeurs de l\u2019Union. Ils pr\u00e9cisent que cela est d\u2019autant plus vrai depuis les vagues migratoires et terroristes conduisant tous les \u00c9tats membres \u00e0 durcir leur l\u00e9gislation en mati\u00e8re de libert\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>En dernier lieu, les auteurs utilisent le terme de \u00ab dissuasion invers\u00e9e \u00bb et expliquent que l\u2019article a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme une sorte d\u2019 \u00ab option nucl\u00e9aire \u00bb. Si cette arme peut dissuader, l\u2019\u00e9chec de sa mise en oeuvre peut en revanche donner raison \u00e0 l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 et provoquer une \u00ab escalade des sentiments nationalistes contre l\u2019UE \u00bb. Les auteurs sont convaincus que les interf\u00e9rences externes dans la souverainet\u00e9 nationale peuvent renforcer les tendances autoritaires d\u2019un gouvernement. De ce fait, l\u2019UE est parfaitement \u00ab inhib\u00e9e \u00bb face \u00e0 ce genre de situations qui laissent ses acteurs sans r\u00e9ponse, si ce n\u2019est celle qui consiste \u00e0 attendre un changement de r\u00e9gime dans ces pays probl\u00e9matiques. Grabbe et Lehne affirment que ces \u00ab strat\u00e9gies de procrastination \u00bb ne sont plus tenables face aux cas hongrois et polonais.<\/p>\n<p>Ils accusent la Hongrie et la Pologne d\u2019avoir d\u00e9mantel\u00e9 l\u2019\u00c9tat de droit et proclament que le temps o\u00f9 les autres \u00c9tats regardaient ces cas comme \u00ab un illib\u00e9ralisme domestique d\u00e9plaisant \u00bb doit \u00eatre \u00eatre r\u00e9volu. Les auteurs somment les autres \u00c9tats membres d\u2019adopter des \u00ab positions fortes \u00bb contre la Hongrie et la Pologne, accusant le Fidesz et le PiS d\u2019avoir mis la main sur plusieurs institutions \u00e9tatiques ind\u00e9pendantes, emp\u00eachant ainsi la mise en oeuvre du droit de l\u2019Union dans leurs pays respectifs. Grabbe et Lehne enjoignent les \u00c9tats membres de se ranger derri\u00e8re les positions de la Commission et du Parlement. La premi\u00e8re, sous l\u2019impulsion de\u00a0Frans Timmermans, premier Vice-Pr\u00e9sident de la Commission et membre du Carnegie Council for Ethics in International Affairs, a engag\u00e9 une proc\u00e9dure contre la Pologne suite \u00e0 la r\u00e9forme du tribunal constitutionnel polonais. Une proc\u00e9dure du m\u00eame type est aussi en cours contre la Hongrie\u00a0suite aux lois prises contre les ONG recevant des financements \u00e9trangers. La Carnegie est directement concern\u00e9e par ces lois, tout comme l\u2019Open Society et l\u2019ESI.<\/p>\n<p>Les auteurs accusent les membres du PPE d\u2019\u00eatre en partie responsable de l\u2019envenimement du cas hongrois. Selon Grabbe et Lehne, le PPE a attendu trop longtemps jusqu\u2019\u00e0 ce que certains de ses membres franchissent la ligne en votant la r\u00e9solution contre le gouvernement hongrois au Parlement europ\u00e9en en mai. Ils expliquent que la Pologne ne pourra faire l\u2019objet du m\u00eame type de pression, le PiS faisant partie d\u2019un plus petit groupe, bien moins disciplin\u00e9, les Conservateurs et r\u00e9formateurs europ\u00e9ens. Si les auteurs reconnaissent que les premi\u00e8res d\u00e9cisions d\u2019Orban concernant les m\u00e9dias et les institutions publiques ont \u00e9t\u00e9 prises en respectant la lettre du droit de l\u2019UE, sans pour autant en suivre l\u2019esprit, ils d\u00e9plorent que le premier ministre se soit depuis quelques mois engag\u00e9 dans une surench\u00e8re dans le d\u00e9nigrement de Bruxelles en vue de sa r\u00e9\u00e9lection de 2018. Ainsi, d\u2019apr\u00e8s les auteurs, les enjeux deviendront-ils criants pour l\u2019UE dans les mois \u00e0 venir. Pour y rem\u00e9dier, ils proposent un certain nombre de positions \u00e0 adopter et r\u00e9v\u00e8lent ainsi tr\u00e8s clairement leur conception de la construction europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><strong>La Fondation Carnegie, pourvoyeuse de la \u00ab d\u00e9mocratie de march\u00e9 \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Les auteurs de l\u2019article voient un int\u00e9r\u00eat fonctionnel et normatif \u00e0 d\u00e9fendre les valeurs de l\u2019UE. La consolidation \u00ab d\u2019un espace de libert\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9 et de justice \u00bb implique la s\u00e9curit\u00e9 juridique, la prohibition de l\u2019arbitraire, l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 des cours de justice et l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi. Une int\u00e9gration profonde implique selon eux une profonde confiance entre les acteurs de la zone. Ils voient donc dans ce qui se passe en Pologne un facteur de trouble \u00e0 la confiance entre les acteurs et une cause de \u00ab dommage \u00e0 l\u2019environnement des affaires en Europe \u00bb. Les auteurs soulignent \u00e0 cet \u00e9gard que, par ailleurs, des entreprises allemandes ont d\u00e9j\u00e0 fait part de leur m\u00e9contentement concernant certaines \u00ab discriminations devant les cours hongroises \u00bb.<\/p>\n<p>Le m\u00e9dia en ligne hongrois\u00a0444.hu, d\u2019inspiration lib\u00e9rale et souvent hostile au gouvernement hongrois, reconna\u00eet d\u2019ailleurs,\u00a0dans un article du 6 septembre, qu\u2019un des objectifs des auteurs de Carnegie est d\u2019avancer que \u00ab l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas d\u2019\u00c9tat de droit, on ne peut pas faire d\u2019affaires \u00bb. Dans leur article, Grabbe et Lehne n\u2019utilisent \u00e0 aucun moment le terme de souverainet\u00e9 populaire. Rien n\u2019indique qu\u2019ils aient l\u2019intention de prendre en consid\u00e9ration, non pas les positions de la Commission et du Parlement, mais les choix fait par les peuples europ\u00e9ens \u00e0 l\u2019occasion d\u2019\u00e9lections et r\u00e9f\u00e9rendums. Ils opposent, dans leur conclusion, les valeurs lib\u00e9rales \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019illib\u00e9ralisme et du nationalisme. Ils s\u2019inqui\u00e8tent de la menace pesant sur l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique et politique europ\u00e9enne. S\u2019ils reconnaissent que les \u00c9tats membres sont libres de d\u00e9terminer leur ordre constitutionnel par des processus d\u00e9mocratiques nationaux, ils affirment que l\u2019Union se doit de fixer des standards permettant aux citoyens de circuler et aux entreprises de s\u2019affairer sans discrimination. Ainsi le climat des affaires est-il plac\u00e9, dans leur ordre de pr\u00e9occupations, bien au-dessus du respect des processus d\u00e9mocratiques dans les \u00c9tats membres.<\/p>\n<p>Tout cela est dans la droite ligne de \u00ab la d\u00e9mocratie conforme aux march\u00e9s \u00bb demand\u00e9e par Angela Merkel depuis\u00a0l\u2019automne 2011. Aussi les propos de l\u2019actuel pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne\u00a0Jean-Claude Juncker en 2015, selon lequel \u00ab il ne peut y avoir de choix d\u00e9mocratique contre l\u2019UE \u00bb, se trouve-t-il confort\u00e9s. Par ailleurs, la ligne de la Fondation Carnegie colle parfaitement \u00e0 la conception am\u00e9ricaine de la d\u00e9mocratie. Si Abraham Lincoln voit bien dans la d\u00e9mocratie\u00a0\u00ab le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple \u00bb, la r\u00e9alit\u00e9 constitutionnelle des \u00c9tats-unis est toute autre. Aux \u00c9tats-unis, le pouvoir est partag\u00e9 entre les \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s et le peuple qui peut exercer des contr\u00f4les d\u2019ordre l\u00e9gislatifs et judiciaires. Le peuple vote pour la composition du Congr\u00e8s et choisit certains juges. Les \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s choisissent le pouvoir ex\u00e9cutif qui \u00e9lit \u00e0 son tour les hauts magistrats. La Cour supr\u00eame a rappel\u00e9, en 2000, dans l\u2019affaire\u00a0Gore contre Bush, que l\u2019avis du peuple am\u00e9ricain dans le choix du pr\u00e9sident n\u2019\u00e9tait que consultatif, la d\u00e9cision revenant en dernier ressort aux \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Alors que, dans sa lettre, la Constitution de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie reconnait la souverainet\u00e9 populaire en affirmant que \u00ab le d\u00e9tenteur de la souverainet\u00e9 et l\u2019unique source du pouvoir dans la F\u00e9d\u00e9ration de Russie est son peuple multinational \u00bb\u00a0(Titre I, Ch. 1, art. 3), il n\u2019est fait aucune mention de la souverainet\u00e9 populaire aux \u00c9tats-unis. Mme Merkel et M. Juncker sont les h\u00e9ritiers de cette doctrine juridique ne laissant aucune place \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire. La fondation Carnegie voyant d\u2019un bon \u0153il les r\u00e9centes d\u00e9clarations de M. Macron, il semblerait que ce dernier le soit aussi.<\/p>\n<p>Le Groupe de Visegr\u00e1d est aujourd\u2019hui clairement dans le viseur de l\u2019Union europ\u00e9enne, particuli\u00e8rement l\u2019axe Varsovie-Budapest. Ce groupe a vu le jour le 15 f\u00e9vrier 1991 et avait pour objectif d\u2019orchestrer \u00e0 marche forc\u00e9e la conversion de la Hongrie, de la Pologne et de l\u2019ancienne Tch\u00e9coslovaquie \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et au complexe militaire euro-atlantiste. Les autorit\u00e9s allemandes et am\u00e9ricaines s\u2019appuyaient alors notamment sur\u00a0Viktor Orban, qui avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une bourse de la Fondation Soros\u00a0et s\u2019\u00e9tait vu plus tard recevoir le prix de\u00a0Libert\u00e9 de l\u2019American Entreprise Institute, autre pseudopode de le NED. La proximit\u00e9 de V\u00e1clav Havel avec les services allemands et am\u00e9ricains est par ailleurs aujourd\u2019hui av\u00e9r\u00e9e. En 2000, Havel avait d\u2019ailleurs eu pour projet de soutenir la candidature de Madeleine Albright (alors secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat et \u00e0 la t\u00eate de la branche d\u00e9mocrate de la NED)\u00a0\u00e0 la pr\u00e9sidence de la Tch\u00e9quie. Pour ce qui est la Pologne, l\u2019actuel pr\u00e9sident de la NED a reconnu en 2005, devant un journaliste de Lib\u00e9ration, avoir tr\u00e8s largement contribu\u00e9 \u00e0 mettre sur pied le syndicat Solidarno\u015b\u0107. Le captage de ces pays et leur conversion \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 est act\u00e9e en 1999 avec leur adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN et en 2004 avec leur entr\u00e9e dans l\u2019UE. Pour des raisons strat\u00e9giques \u00e9videntes, ces pays ne se sont jamais aventur\u00e9s \u00e0 tourner le dos \u00e0 la strat\u00e9gie militaire US. La Pologne ne rechigne par exemple jamais \u00e0 envoyer des contingents de soldats sur les th\u00e9\u00e2tres d\u2019op\u00e9ration o\u00f9 sont engag\u00e9es les troupes am\u00e9ricaines. En 1999, sous le premier cycle de Viktor Orb\u00e1n, les autorit\u00e9s hongroises avaient tr\u00e8s activement collabor\u00e9 aux man\u0153uvres militaires am\u00e9ricaines \u00e0 sa fronti\u00e8re en pr\u00e9paration de l\u2019intervention dans les Balkans.<\/p>\n<p>Depuis 2010 en Hongrie et 2015 en Pologne, la donne a radicalement chang\u00e9. Si les gouvernements hongrois et polonais restent encore farouchement attach\u00e9s \u00e0 leur appartenance \u00e0 l\u2019OTAN, ses populations sont d\u00e9sormais loin de l\u2019enthousiasme suscit\u00e9 par leur rapprochement avec les puissance occidentales au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Somm\u00e9s de d\u00e9manteler leurs industries pour laisser place aux entreprises, notamment allemandes, venues en qu\u00eate de main d\u2019oeuvre bon march\u00e9, les peuples d\u2019Europe centrale voient d\u00e9sormais leur accueil dans le club europ\u00e9en comme proc\u00e9dant directement d\u2019une pure logique de march\u00e9. La Fondation Carnegie a bien cern\u00e9 cette prise de conscience et, de peur que son b\u00e9b\u00e9 centre-europ\u00e9en ne lui \u00e9chappe, le rappelle \u00e0 l\u2019ordre en soulignant bien, qu\u2019en d\u00e9finitive, la seule loi qui compte est celle du march\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pologne et Hongrie\u00a0\u2013 Le 4 septembre 2017, la fondation Carnegie publiait un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Defendind EU Values in Poland an Hungary\u00a0\u00bb (D\u00e9fendre les valeurs de l\u2019UE en Pologne et en Hongrie, NDLR), dans lequel les r\u00e9dacteurs accusent Varsovie et Budapest de repr\u00e9senter une menace pour l\u2019avenir de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE). Deux jours plus tard, le<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":2793,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"subtitle":"","footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-2792","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actu"],"acf":{"subtitle":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2792","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2792"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2792\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2793"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2792"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2792"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2792"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}