{"id":3165,"date":"2019-07-29T10:13:59","date_gmt":"2019-07-29T09:13:59","guid":{"rendered":"https:\/\/visegradpost.com\/?p=3165"},"modified":"2025-06-02T10:17:55","modified_gmt":"2025-06-02T09:17:55","slug":"discours-complet-de-viktor-orban-a-tusvanyos-philosophie-politique-crise-a-venir-et-projets-pour-15-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/visegradpost.com\/fr\/2019\/07\/29\/discours-complet-de-viktor-orban-a-tusvanyos-philosophie-politique-crise-a-venir-et-projets-pour-15-ans\/","title":{"rendered":"Discours complet de Viktor Orb\u00e1n \u00e0 Tusv\u00e1nyos : philosophie politique, crise \u00e0 venir et projets pour 15 ans"},"content":{"rendered":"<p><strong>Hongrie<\/strong>\u00a0\u2013 Chaque ann\u00e9e, Viktor Orb\u00e1n tient un discours de philosophie politique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de B\u00e1lv\u00e1nyos \u00e0 Tusv\u00e1nyos, en Transylvanie \u2013 r\u00e9gion anciennement hongroise, dont certaines parties sont toujours peupl\u00e9es majoritairement de hongrois, et o\u00f9 le Fidesz fait presque l\u2019unanimit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, en 2014, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il avait introduit le concept de d\u00e9mocratie illib\u00e9rale. Chaque ann\u00e9e, il y a d\u00e9velopp\u00e9 diff\u00e9rents th\u00e8mes, tels que l\u2019importance du V4, la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre la civilisation chr\u00e9tienne ou encore de combattre l\u2019immigration massive et ill\u00e9gale ainsi que les r\u00e9seaux Soros.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, presque aucune mention des migrants, le V4 n\u2019est pas non plus au menu du jour. Tout semble indiquer, apr\u00e8s des \u00e9lections europ\u00e9ennes \u00e0 l\u2019issue desquels la redistribution des postes est une demi-victoire pour le V4, au mieux, et quelques mois avant les \u00e9lections municipales en Hongrie, que Viktor Orb\u00e1n ne joue pas offensif en ce moment mais temporise. Et le fait qu\u2019il \u00e9voque sa crainte d\u2019une p\u00e9riode tr\u00e8s difficile \u2013 notamment d\u2019une crise \u00e9conomique mondiale en 2020 \u2013 renforce ce diagnostic.<\/p>\n<p>Voici le discours complet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Discours de M. Viktor Orb\u00e1n, Premier ministre de Hongrie,<br \/>\n\u00e0 la 30<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0Universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de B\u00e1lv\u00e1nyos<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>le 27 juillet 2019 \u00e0 Tusn\u00e1df\u00fcrd\u0151 (B\u0103ile Tu\u015fnad, en Roumanie)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bonjour \u00e0 tous\u00a0!<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs, chers amis,<\/p>\n<p>En un mot comme en cent, je peux dire que cela a \u00e9t\u00e9 un grand honneur pour moi d\u2019avoir pu \u00eatre ici pendant trente ans avec vous, dans cette Universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9. C\u2019\u00e9tait un honneur pour moi d\u2019avoir pu prendre la parole aux c\u00f4t\u00e9s de M. le Pasteur T\u0151k\u00e9s, pendant ces trente ann\u00e9es. Je voudrais en profiter pour exprimer ma reconnaissance \u00e0 M. le Pasteur pour ses longues ann\u00e9es de service au Parlement europ\u00e9en. Je voudrais le remercier de nous avoir assum\u00e9s, et d\u2019avoir repr\u00e9sent\u00e9, sous les couleurs du Fidesz, l\u2019universalit\u00e9 des Hongrois. Et je voudrais aussi \u2013 puisque nous avons eu des \u00e9lections europ\u00e9ennes \u2013 saisir cette m\u00eame occasion et f\u00e9liciter le RMDSZ\u00a0<em>[l\u2019Alliance d\u00e9mocratique des Hongrois de Roumanie, NdT]<\/em>\u00a0pour les deux si\u00e8ges qu\u2019il a obtenus. J\u2019ai moi-m\u00eame pris part \u00e0 sa campagne, et je connais les circonstances incroyablement difficiles dans lesquelles ce r\u00e9sultat a d\u00fb \u00eatre obtenu.<\/p>\n<p>Zsolt\u00a0<em>[Zsolt N\u00e9meth, pr\u00e9sident de la Commission des Affaires \u00e9trang\u00e8res du Parlement de Hongrie, organisateur de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9, NdT]<\/em>\u00a0m\u2019a fait savoir que je devais r\u00e9sumer en vingt minutes\u2026 bon, s\u2019il le faut vraiment, en vingt minutes, les trente ann\u00e9es qui viennent de s\u2019\u00e9couler. Une phrase peut y suffire, l\u2019on n\u2019a m\u00eame pas besoin de vingt \u00e0 trente minutes. Et cette phrase, la voici\u00a0: ce qui est heureux, c\u2019est que ces trente ann\u00e9es sont derri\u00e8re nous, et pas devant.<\/p>\n<p>Si nous faisons l\u2019effort de nous rappeler ce qu\u2019\u00e9tait notre t\u00e2che il y a trente ans, nous pouvons r\u00e9pondre quelque chose comme ceci : trouverons-nous \u2013 et la d\u00e9couvrirons-nous, si elle n\u2019existe pas \u2013 la recette qui permettra d\u2019assurer la conservation dans l\u2019\u00e8re moderne de cette communaut\u00e9 mill\u00e9naire qu\u2019est la nation hongroise ? C\u2019\u00e9tait une question tr\u00e8s difficile et tr\u00e8s angoissante. Cela ne nous a pas emp\u00each\u00e9s, bien s\u00fbr, de vivre pendant trente ans une vie juv\u00e9nile et heureuse, et nous pouvons dire, trente ans apr\u00e8s, que nous nous retrouvons ici, ensemble, dans la confiance, avec des projets pleins notre besace, avec le v\u00e9cu quotidien de notre renforcement, et que cet \u00e9tat psychologique nous semble naturel. Mais si nous prenons un peu d\u2019altitude pour consid\u00e9rer ces trente ann\u00e9es, nous devons reconna\u00eetre que c\u2019\u00e9tait loin d\u2019\u00eatre naturel, que ce n\u2019est pas un \u00e9tat naturel, mais bien plut\u00f4t un miracle. Quelle \u00e9tait la t\u00e2che ? D\u2019abord gagner l\u2019ind\u00e9pendance et la libert\u00e9 du pays. Nos ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudiants y sont pass\u00e9es, puis les deux ann\u00e9es comprises entre 1989 et 1991. Ensuite la t\u00e2che a \u00e9t\u00e9 d\u2019installer une \u00e9conomie de march\u00e9 capitaliste \u00e0 la place de l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e socialiste. Et, dans l\u2019intervalle, de b\u00e2tir un syst\u00e8me institutionnel d\u00e9mocratique, juridique et politique. C\u2019est ce que nous avons fait entre 1990 et 1994. Appelons cela un premier \u00ab changement de r\u00e9gime \u00bb[1]. Appelons cela un changement de r\u00e9gime lib\u00e9ral. Ensuite, nous avons eu pour mission de vaincre \u2013 dans un combat politique, d\u2019une mani\u00e8re pacifique, donc sans guerre civile \u2013 les r\u00e9manences du r\u00e9gime socialiste. Et puisque ces r\u00e9manences \u00e9taient \u00e9galement internationalistes, il nous a \u00e9galement fallu les vaincre sur la sc\u00e8ne internationale. C\u2019est \u00e0 cela que nous avons consacr\u00e9 notre vie entre 1994 et 2010. C\u2019\u00e9tait la mission de notre g\u00e9n\u00e9ration. Il appara\u00eet naturel aujourd\u2019hui que cela ait r\u00e9ussi, mais une g\u00e9n\u00e9ration peut aussi conna\u00eetre des drames dans la vie politique\u00a0: c\u2019\u00e9tait le drame du SZDSZ[2], et rendons gr\u00e2ce au Bon Dieu que nous n\u2019avons pas connu son sort. Je voudrais rappeler \u00e0 tout le monde qu\u2019en Hongrie, au moment o\u00f9 la transition d\u00e9mocratique \u2013 le premier changement de r\u00e9gime lib\u00e9ral \u2013 est survenue en 1990, cette g\u00e9n\u00e9ration de soixante-huitards ne s\u2019est pas vu confier le gouvernement, donc les moyens d\u2019agir, parce que c\u2019est une g\u00e9n\u00e9ration plus \u00e2g\u00e9e qui est arriv\u00e9e aux affaires, sous la conduite de J\u00f3zsef Antall[3]. Lorsqu\u2019ils eurent estim\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s un gouvernement d\u2019inspiration nationale qui n\u2019avait pas connu le succ\u00e8s leur heure \u00e9tait arriv\u00e9e, ils ont \u00e0 nouveau \u00e9chou\u00e9 \u00e0 acc\u00e9der au pouvoir parce que c\u2019est Gyula Horn[4]\u00a0et ses acolytes qui sont revenus. Puis, lorsque ces derniers eurent \u00e0 leur tour connu l\u2019\u00e9chec et perdu la confiance publique, ils ont pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait maintenant vraiment leur tour, mais l\u00e0 c\u2019est nous qui avons form\u00e9 le gouvernement, en 1998. Et lorsqu\u2019en 2002 nous e\u00fbmes mis en place une collaboration nationale citoyenne et d\u00e9mocrate-chr\u00e9tienne, leur g\u00e9n\u00e9ration politique avait pass\u00e9 son temps. Un vrai drame. Rendons gr\u00e2ces au Bon Dieu de ne pas nous avoir r\u00e9serv\u00e9 leur sort\u00a0!<\/p>\n<p>Revenons maintenant aux trente ann\u00e9es pass\u00e9es et \u00e0 nos missions. Une fois pass\u00e9 le premier changement de r\u00e9gime lib\u00e9ral et une fois vaincues les r\u00e9manences socialistes, nous avons d\u00fb nous atteler \u00e0 la pr\u00e9paration d\u2019un second changement de r\u00e9gime. Disons que nous avons consacr\u00e9 les ann\u00e9es 2006-2010 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des plans d\u2019un changement de r\u00e9gime d\u2019inspiration nationale. Et ensuite, en 2010, il a fallu mettre en \u0153uvre ce nouveau syst\u00e8me, qui est un syst\u00e8me bas\u00e9 sur la communaut\u00e9. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il a fallu pr\u00e9parer la victoire politique n\u00e9cessaire \u00e0 sa mise en \u0153uvre, et la remporter. C\u2019est ce qui a produit nos r\u00e9sultats de 2010, avec l\u2019obtention d\u2019une majorit\u00e9 parlementaire des deux-tiers. Par la suite, apr\u00e8s 2010, nous avons d\u00fb b\u00e2tir pas \u00e0 pas ce nouveau syst\u00e8me d\u2019inspiration nationale, de mani\u00e8re \u00e0 le conduire au succ\u00e8s tout en maintenant et en renouvelant notre soutien populaire. Je pourrais dire que nous avons v\u00e9cu les neuf \u00e0 dix derni\u00e8res ann\u00e9es avec la truelle dans une main et le sabre dans l\u2019autre. Il a fallu construire tout en luttant en permanence, parce que \u2013 et cela aussi a marqu\u00e9 nos dix derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 nous avons d\u00fb faire face \u00e0 la mise en question continuelle de l\u2019acceptation internationale de notre syst\u00e8me, et repousser les assauts men\u00e9s dans le cadre de cette mise en question. Voil\u00e0 donc, Zsolt, ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 nos trente derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019on peut se demander r\u00e9trospectivement si nous serions capables \u2013 redevenant tout d\u2019un coup jeunes \u2013 de parcourir \u00e0 nouveau ce chemin plut\u00f4t malais\u00e9\u00a0? Y aurions-nous eu, de nouveau, trente ann\u00e9es d\u2019\u00e9nergie\u00a0? C\u2019est une vraie et difficile question. Je n\u2019en connais pas non plus la r\u00e9ponse. Ce genre de r\u00e9flexion relative au pass\u00e9 est en g\u00e9n\u00e9ral toujours risqu\u00e9. Juste pour vous montrer \u00e0 quel point il est risqu\u00e9\u00a0: le jour de notre trenti\u00e8me anniversaire de mariage, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 mon \u00e9pouse \u2013 puisqu\u2019il est d\u2019usage, en cette occasion, de lui redemander sa main \u2013 ce qu\u2019elle en pensait\u00a0: un instant bien romantique, et elle a r\u00e9pondu\u00a0: ne prends pas de risques\u00a0!<\/p>\n<p>Oui, et \u00e0 la question de savoir si nous serions capables de refaire tout cela encore une fois, la r\u00e9ponse est tout autre que facile. Mais ce n\u2019est peut-\u00eatre m\u00eame pas l\u2019essentiel. L\u2019essentiel est de savoir si nous aurons la force de vivre les quinze prochaines ann\u00e9es. Mais que seront ces quinze prochaines ann\u00e9es\u00a0? Quelles seront nos t\u00e2ches pendant ces quinze prochaines ann\u00e9es\u00a0? L\u2019\u00e9tude des g\u00e9n\u00e9rations nous apprend que la vie humaine comprend trois \u00e2ges\u00a0: l\u2019enfance, o\u00f9 l\u2019on r\u00eave \u00e0 ce que l\u2019on voudra faire quand on sera grand\u00a0; la vieillesse, o\u00f9 l\u2019on m\u00e9dite sur la mani\u00e8re dont les choses se sont pass\u00e9es et sur ce que l\u2019on a manqu\u00e9\u00a0; et entre les deux, l\u2019\u00e2ge adulte et celui de l\u2019action. C\u2019est l\u2019\u00e2ge le plus pr\u00e9cieux. On le sait bien dans le monde des m\u00e9dias, cela s\u2019appelle le\u00a0<em>prime time<\/em>, le temps essentiel, et cela ne s\u2019applique pas seulement \u00e0 la vie de l\u2019homme, mais aussi \u00e0 celle de toute une g\u00e9n\u00e9ration. C\u2019est l\u2019\u00e9poque pendant laquelle on r\u00e9alise les choses les plus importantes. De cet \u00e2ge, qui est compris quelque part entre 35 et 70 ans, nous avons d\u00e9j\u00e0 consomm\u00e9 la moiti\u00e9. La seconde moiti\u00e9 vient maintenant, c\u2019est le grand film du soir. La question est\u00a0: qu\u2019allons-nous voir\u00a0?<\/p>\n<p>Si nous abordons cette question sous l\u2019angle philosophique, Mesdames et Messieurs, nous connaissons l\u2019affirmation selon laquelle l\u2019histoire a un sens, que la mission de l\u2019homme est de le reconna\u00eetre et de faciliter l\u2019\u00e9volution de l\u2019histoire en direction de ce sens. C\u2019\u00e9tait en gros la logique communiste, et aujourd\u2019hui ce sont les lib\u00e9raux progressistes qui tiennent un langage similaire. En ce qui nous concerne en revanche, nous avons appris au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es que ce n\u2019est pas au temps qu\u2019il faut donner un but, mais que c\u2019est \u00e0 notre propre vie qu\u2019il faut donner un sens \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du temps. Et ce n\u2019est pas seulement vrai pour l\u2019individu, mais aussi pour une g\u00e9n\u00e9ration. Il faut donner un sens \u00e0 la vie de notre g\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est-\u00e0-dire que nous devons comprendre le sens qui nous est imparti. Si je regarde d\u2019ici ce qui est derri\u00e8re nous, et aussi ce qui est devant nous, je peux dire que notre g\u00e9n\u00e9ration a re\u00e7u en partage une opportunit\u00e9 historique\u00a0: le renforcement de la nation hongroise. Nous avons derri\u00e8re nous un combat injustement difficile, et un combat tout aussi injustement difficile nous attend. Notre seule consolation est qu\u2019il est \u00e9crit\u00a0: nul ne sera mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve au-dessus de ses forces. Nous n\u2019avons donc \u00e0 porter sur nos \u00e9paules que des charges que nous sommes capables d\u2019assumer. Je peux vous d\u00e9clarer que la nation hongroise a aujourd\u2019hui en sa possession les capacit\u00e9s politiques, \u00e9conomiques et \u2013 bient\u00f4t \u2013 physiques gr\u00e2ce auxquelles elle pourra se d\u00e9fendre et gr\u00e2ce auxquelles elle pourra sauvegarder son ind\u00e9pendance. Nous avons recouvr\u00e9 notre autod\u00e9termination, le FMI est rentr\u00e9 chez lui, nous avons men\u00e9 avec succ\u00e8s notre lutte face \u00e0 Bruxelles, et nous avons prot\u00e9g\u00e9 nos fronti\u00e8res contre la migration.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant dit, Mesdames et Messieurs, apr\u00e8s cette r\u00e9trospective des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, je peux aujourd\u2019hui aborder devant vous deux sujets. Le premier\u00a0: ce qui se passe, et ce qui va se passer en Hongrie\u00a0; et le second, une question encore plus passionnante \u2013 et l\u00e0 Zsolt devra me rappeler au respect du temps de parole \u2013\u00a0: comment nous interpr\u00e9tons, et comment les autres interpr\u00e8tent ce qui se passe en Hongrie.<\/p>\n<p>Que signifie donc tout ce qui se passe en Hongrie\u00a0?<\/p>\n<p>La Hongrie, Mesdames et Messieurs, se trouve aujourd\u2019hui sur une trajectoire prometteuse\u00a0: ses finances publiques sont en ordre, son endettement est en baisse, sa croissance est forte, les salaires augmentent, les petites et moyennes entreprises sont de plus en plus solides, les familles sont en progression, la construction de la nation se poursuit avec d\u2019entrain. Bien entendu, l\u2019on peut et l\u2019on doit faire mieux\u00a0: les citoyens hongrois individuellement, les entreprises hongroises et le gouvernement hongrois peuvent et doivent travailler mieux encore. Mais la v\u00e9rit\u00e9 est que le maintien de la Hongrie sur cette trajectoire prometteuse n\u2019est pas menac\u00e9 aujourd\u2019hui de l\u2019int\u00e9rieur, mais plut\u00f4t de l\u2019ext\u00e9rieur. Et ce qui se passe aujourd\u2019hui en Hongrie, c\u2019est que ces menaces qui p\u00e8sent sur l\u2019ann\u00e9e qui va s\u2019\u00e9couler d\u2019ci \u00e0 notre prochaine rencontre, nous allons les \u00e9carter, et nous efforcer d\u2019en prot\u00e9ger la Hongrie.<\/p>\n<p>Que sont donc ces menaces ? Nous avons d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9carter la premi\u00e8re. Elle aurait consist\u00e9 en ce que des personnages inaptes et hostiles soient choisis \u00e0 la t\u00eate des institutions europ\u00e9ennes qui rev\u00eatent pour eux de l\u2019importance. Je ne donnerai pas davantage de d\u00e9tails sur ce qui s\u2019est effectivement pass\u00e9, mais il est de fait que gr\u00e2ce \u00e0 des man\u0153uvres compliqu\u00e9es il a \u00e9t\u00e9 possible d\u2019\u00e9carter ce danger. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 mettre un croc-en-jambe \u00e0 tous les candidats de George Soros. Partout. Nous avons emp\u00each\u00e9 que des gu\u00e9rilleros id\u00e9ologiques soient plac\u00e9s \u00e0 la t\u00eate des principales institutions europ\u00e9ennes, et il a aussi \u00e9t\u00e9 possible d\u2019\u00e9lire \u00e0 la t\u00eate de la Commission une m\u00e8re de sept enfants d\u2019esprit pragmatique. Cela ne signifie \u00e9videmment pas la fin de la lutte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des institutions, qui ne s\u2019ach\u00e8vera qu\u2019en octobre lorsque le paysage tout entier sera visible. Mais nous pouvons affirmer deux choses avec certitude. La premi\u00e8re est que la Commission, qui a attaqu\u00e9 la Hongrie \u00e0 tant de reprises \u2013 et qui a m\u00eame, \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin de son mandat, renouvel\u00e9 ses attaques en d\u00e9f\u00e9rant ces tout derniers jours \u00e0 la Cour de Justice un certain nombre de lois hongroises \u2013 doit revenir \u00e0 son r\u00f4le d\u00e9fini dans le Trait\u00e9 constitutif de l\u2019Union, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle doit se comporter en gardienne des Trait\u00e9s et mettre fin \u00e0 son activisme politique. La Commission n\u2019est pas un corps politique, elle n\u2019a pas \u00e0 avoir de programme, elle n\u2019a pas \u00e0 lancer d\u2019attaques politiques contre les Etats-membres. C\u2019\u00e9tait le cas du temps de la pr\u00e9c\u00e9dente Commission Juncker. Il faut y mettre fin. Ce comportement a toujours \u00e9t\u00e9 contraire \u00e0 l\u2019esprit comme \u00e0 la lettre des documents fondateurs de l\u2019Union europ\u00e9enne. Il y a maintenant une chance pour que cela change.<\/p>\n<p>Et la seconde affirmation que je peux faire, c\u2019est que le syst\u00e8me du Spitzenkandidat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9, mais qu\u2019il est simplement revenu \u00e0 sa juste place. Car il est clair que ce n\u2019est pas la Commission qui d\u00e9termine les orientations politiques strat\u00e9giques de l\u2019Union europ\u00e9enne, mais les dirigeants d\u00e9mocratiquement \u00e9lus \u2013 chefs d\u2019Etat ou de gouvernement \u2013 des Etats-membres. La Commission n\u2019a pas \u00e0 ex\u00e9cuter de programme ind\u00e9pendant, parce que le Conseil des chefs d\u2019Etat et de gouvernement a d\u00e8s maintenant, \u00e0 l\u2019issue des derni\u00e8res \u00e9lections, adopt\u00e9 un document la concernant qui d\u00e9termine la ligne \u00e0 suivre, et que d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale ce n\u2019est pas \u00e0 la Commission, mais au Conseil europ\u00e9en, o\u00f9 si\u00e8gent les chefs d\u2019Etat et de gouvernement \u00e9lus, que sont prises les d\u00e9cisions strat\u00e9giques. L\u2019esprit du syst\u00e8me du Spitzenkandidat n\u2019a donc jamais consist\u00e9 \u00e0 \u00f4ter au Conseil le droit de d\u00e9signation du pr\u00e9sident de la Commission \u2013 que d\u2019ailleurs le Trait\u00e9 fondateur lui attribue express\u00e9ment \u2013, mais au contraire \u00e0 permettre aux \u00e9lecteurs d\u2019influencer l\u2019attribution de telle ou telle position europ\u00e9enne majeure. La logique veut donc \u2013 et c\u2019est \u00e0 cela que nous devons revenir \u2013 que si les partis europ\u00e9ens pr\u00e9sentent un Spitzenkandidat, le pr\u00e9sident du parti vainqueur devienne le pr\u00e9sident du Parlement. Pas le pr\u00e9sident de la Commission, mais celui du Parlement europ\u00e9en. Quant \u00e0 la Commission, il faut la laisser comme un organisme plac\u00e9 sous l\u2019influence des chefs d\u2019Etat et de gouvernement.<\/p>\n<p>Le second danger qu\u2019il nous faut \u00e9carter est celui qui vient des milieux internationaux. Il s\u2019agit de la circonstance qui a fait qu\u2019au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es de graves erreurs ont \u00e9t\u00e9 commises au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne, dont deux ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement douloureuses et inqui\u00e9tantes. Ces erreurs doivent \u00eatre corrig\u00e9es dans les cinq ann\u00e9es qui sont devant nous. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 commise sur le terrain de la migration, et la seconde, sur celui de l\u2019\u00e9conomie. La correction de l\u2019erreur en mati\u00e8re de migration est tr\u00e8s facile : la Commission doit se retirer de cette probl\u00e9matique. Il faut mettre en place un conseil des ministres de l\u2019Int\u00e9rieur des Etats membres de l\u2019espace Schengen, sur le mod\u00e8le exact du conseil d\u00e9j\u00e0 existant des ministres des Finances de la zone euro. La totalit\u00e9 des comp\u00e9tences li\u00e9es \u00e0 la migration doit \u00eatre rassembl\u00e9e entre les mains de ce conseil des ministres de l\u2019Int\u00e9rieur. La question de l\u2019\u00e9conomie est un peu plus complexe, parce qu\u2019au vu des d\u00e9cisions de l\u2019Union europ\u00e9enne en mati\u00e8re d\u2019\u00e9conomie nous pouvons dire que depuis cinq ans nous parcourons la voie de l\u2019auto-diminution : l\u2019Europe pourrait \u00eatre beaucoup plus efficace, beaucoup plus grande, beaucoup plus d\u00e9velopp\u00e9e et beaucoup plus forte que ce qu\u2019elle produit aujourd\u2019hui comme r\u00e9sultat. Au lieu de la construction d\u2019un socialisme europ\u00e9en \u2013 car les partis de gauche pr\u00e9sentent r\u00e9guli\u00e8rement des propositions visant \u00e0 faire de l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne comp\u00e9titive, dans chaque Etat-membre, une sorte d\u2019\u00e9conomie socialiste \u00e0 la mode de l\u2019Europe occidentale \u2013 il faut faire retour \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9conomie europ\u00e9enne comp\u00e9titive. Il ne faut pas attaquer, mais bien plut\u00f4t soutenir les \u00e9conomies efficaces comme celles de la Pologne ou de la Tch\u00e9quie \u2013 pour ne pas citer la Hongrie. Il faut oublier l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9l\u00e9vation au niveau europ\u00e9en du revenu universel sans travail. Nous n\u2019avons pas besoin de ce nouveau socialisme, nous avons au contraire besoin d\u2019emplois et d\u2019une baisse g\u00e9n\u00e9rale des imp\u00f4ts. Il faut d\u00e9manteler les r\u00e8gles bureaucratiques, et au lieu des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 il faut bien plut\u00f4t encourager les investissements et les cr\u00e9ations d\u2019emplois. Ce n\u2019est pas d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 que l\u2019Italie aura besoin, mais de croissance \u00e9conomique. Et enfin ce n\u2019est pas aux migrants qu\u2019il faudra donner de l\u2019argent, mais aux familles europ\u00e9ennes pour qu\u2019elles assument le plus d\u2019enfants possible.<\/p>\n<p>La question est de savoir si nous pourrons corriger toutes ces erreurs dans l\u2019ann\u00e9e qui vient ? Je dois avouer que rien n\u2019est moins s\u00fbr. Selon toutes les pr\u00e9visions, et selon tous les chiffres sur lesquels se basent ces pr\u00e9visions, l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne va au-devant de temps difficiles. La question n\u2019est pas de savoir si ces temps viendront, mais de savoir combien ils seront difficiles. Mon sentiment personnel est qu\u2019ils seront tr\u00e8s difficiles. La croissance \u00e9conomique continuera \u00e0 ralentir en Europe occidentale, et m\u00eame s\u2019enrayera ici ou l\u00e0. En Allemagne, les pr\u00e9paratifs d\u2019une alliance CDU-Verts, pas vraiment\u00a0<em>market-friendly<\/em>, sont clairement en cours. Il s\u2019agit tout de m\u00eame de la premi\u00e8re \u00e9conomie d\u2019Europe. Nous devons donc nous pr\u00e9parer \u00e0 ce que l\u2019\u00e9conomie de nos principaux partenaires, des pays d\u2019Europe occidentale ne progressera pas et ne cro\u00eetra pas comme nous pourrions le souhaiter. Le plus important aujourd\u2019hui pour la Hongrie est de se fixer une nouvelle orientation pour 2020 et 2021. Cette orientation gouvernementale devra faire en sorte que lorsque la Hongrie se trouvera confront\u00e9e aux effets ext\u00e9rieurs n\u00e9fastes elle soit capable de les minimiser et que nous soyons capables de mobiliser les ressources int\u00e9rieures qui nous resteront. Nous avons pu voir, vous avez pu en voir un exemple au cours des derniers mois lorsque nous avons rendu public notre premier plan d\u2019action pour la d\u00e9fense de notre \u00e9conomie\u00a0: baisse des cotisations patronales de s\u00e9curit\u00e9 sociale, hausse des salaires, augmentation des d\u00e9penses de recherche-d\u00e9veloppement et de financement des universit\u00e9s, introduction des Bons du Tr\u00e9sor-Plus. Mon opinion est que si nos pr\u00e9visions sur les perspectives de l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne se v\u00e9rifient, nous aurons besoin d\u2019un second plan d\u2019action quelque part aux environs du printemps 2020. Et si les choses \u00e9voluent comme nous le pensons, nous aurons probablement besoin d\u2019un troisi\u00e8me plan \u00e0 l\u2019automne 2020. Ces mesures devront toutes avoir un contenu apte \u00e0 am\u00e9liorer notre comp\u00e9titivit\u00e9. C\u2019est la planification et l\u2019\u00e9laboration de ce plan qui caract\u00e9risera pour l\u2019essentiel ce qui se passera en Hongrie au cours de l\u2019ann\u00e9e qui vient. Et \u2013 puisque Madame la ministre Judit Varga est parmi nous \u2013 n\u2019oublions pas non plus que nous aurons des combats \u00e0 mener \u00e9galement sur le terrain de l\u2019Etat de droit. Nous aurons besoin de nerfs solides. Pas pour d\u00e9fendre notre position \u2013 parce que cela, comme Madame la ministre l\u2019a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, ne pose pas de probl\u00e8me \u2013 mais pour ne pas nous laisser aller \u00e0 \u00e9clater de rire et pour ne pas vexer nos partenaires par un exc\u00e8s d\u2019hilarit\u00e9. C\u2019est le plus dur. C\u2019est pour cela qu\u2019il nous faudra de bons nerfs et de la ma\u00eetrise de soi. Voil\u00e0 tout de suite la p\u00e9riode qui vient, o\u00f9 nous allons examiner avec nos amis Finlandais la situation de l\u2019Etat de droit en Hongrie. Nous allons examiner cela avec nos amis Finlandais. La Finlande, Mesdames et Messieurs, est un Etat o\u00f9 il n\u2019y a pas de Cour constitutionnelle. La protection de la constitution est assur\u00e9e par une commission du Parlement sp\u00e9cialement constitu\u00e9e \u00e0 cet effet. Imaginez un instant, dans l\u2019Etat de droit hongrois, si nous disions tout d\u2019un coup que nous supprimons la Cour constitutionnelle et que c\u2019est la Commission de la Constitution du Parlement qui exerce le contr\u00f4le de constitutionnalit\u00e9. C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s la situation en Finlande. Ou voici un autre exemple \u00e9loquent\u00a0: en Finlande, l\u2019Acad\u00e9mie est plac\u00e9e sous le contr\u00f4le et la direction du minist\u00e8re de l\u2019Education. Imaginez un instant, si nous avions clos le d\u00e9bat sur l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences hongroise en la pla\u00e7ant sous le contr\u00f4le et la direction du ministre de l\u2019Education \u2013 rassurez-vous, cher Monsieur le ministre K\u00e1sler[5], ce ne sera pas le cas \u2013 mais imaginons-le un instant. Ou imaginez encore cet Etat de droit en Finlande o\u00f9 les juges sont nomm\u00e9s par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur proposition du ministre de la Justice. Il nous faudra donc des nerfs solides pour qu\u2019\u00e0 nos amis Finlandais qui nous interrogeront sur l\u2019Etat de droit nous ne r\u00e9pondions pas avec des sourires ni des rires, mais avec courtoisie et tout le respect qui leur est d\u00fb. Et puis, par-del\u00e0 les absurdit\u00e9s europ\u00e9ennes, il y a encore une question s\u00e9rieuse et importante que nous devrons traiter, \u00e0 savoir l\u2019avenir de la participation du Fidesz, le parti gouvernemental hongrois, et du Parti chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate au sein du Parti populaire europ\u00e9en. Sur ce point, nous devons encore laisser se d\u00e9canter la situation. Nous savons ce que nous voulons. Nous devons attendre que le Parti populaire europ\u00e9en d\u00e9cide \u00e0 son tour quel avenir il se destine. Cette d\u00e9cision ne sera pas prise avant son Congr\u00e8s pr\u00e9vu pour la fin de l\u2019automne.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous dire quelques mots sur la mani\u00e8re dont nous interpr\u00e9tons ce qui se passe en Hongrie. Ce sujet \u2013 ce qui se passe en Hongrie \u2013 a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une abondante litt\u00e9rature au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Il y a eu la premi\u00e8re hirondelle \u2013 Gyula Tell\u00e9r \u2013 puis rien que cette ann\u00e9e deux \u00e9tudes importantes ont vu le jour sur ce sujet, l\u2019une de la plume du professeur S\u00e1rk\u00f6zy, l\u2019autre de celle d\u2019Ervin Csizmadia[6], et je n\u2019ai rien dit de l\u2019attention et des analyses permanentes des milieux internationaux. L\u2019interpr\u00e9tation internationale peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e de la mani\u00e8re suivante\u00a0: le monde doit fonctionner sur la base des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales, principalement en Europe, ces d\u00e9mocraties doivent b\u00e2tir et mettre en \u0153uvre une sorte d\u2019internationale lib\u00e9rale, dont un empire lib\u00e9ral doit sortir. L\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019incarnation de cette id\u00e9e, mais du temps de l\u2019administration d\u00e9mocrate les Etats-Unis r\u00e9fl\u00e9chissaient aussi \u00e0 quelque chose de comparable \u00e0 l\u2019\u00e9poque du pr\u00e9sident Obama, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Vu sous cet angle, il est clair que ce qui se passe en Hongrie ne correspond pas \u00e0 ce sch\u00e9ma. C\u2019est quelque chose d\u2019autre. La Hongrie fait autre chose, elle donne le jour \u00e0 autre chose. Oui, mais \u00e0 quoi\u00a0? A cette question, l\u2019on peut donner une r\u00e9ponse philosophique \u2013 nous nous y essaierons \u2013 mais aussi une r\u00e9ponse de politique concr\u00e8te. Je choisirai maintenant cette derni\u00e8re. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que l\u2019on peut comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9 et ce qui se passe en Hongrie, quelle \u00e9tait la situation que les forces citoyennes, nationales et chr\u00e9tiennes ont re\u00e7ue en h\u00e9ritage en 2010, apr\u00e8s avoir gagn\u00e9 les \u00e9lections avec une majorit\u00e9 parlementaire des deux tiers. Cette situation peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e autour des points suivants. Le premier est que la part pr\u00e9pond\u00e9rante des charges de la Hongrie \u00e9tait port\u00e9e par moins de la moiti\u00e9 de la population active. Traduit en chiffres, cela voulait dire que sur les 10 millions de Hongrois, il y en avait 3,6 millions qui travaillaient, sur lesquels 1,8 million payaient des imp\u00f4ts. C\u2019\u00e9taient eux qui portaient sur leur dos les charges du pays. Il est clair que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 une forme longue et p\u00e9nible de suicide. Je signale entre parenth\u00e8ses qu\u2019aujourd\u2019hui 4,5 millions de Hongrois sont au travail, et que tout le monde paie des imp\u00f4ts. Le second probl\u00e8me que nous devions r\u00e9soudre \u00e9tait que l\u2019endettement avait lentement enseveli sous lui les individus, les familles, les entreprises, et aussi l\u2019Etat. Nous avions h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une situation d\u2019endettement sans espoir. Nous avons constat\u00e9 en 2010 que l\u2019identit\u00e9 culturelle de notre communaut\u00e9, de la Hongrie \u00e9tait en pleine d\u00e9composition. Nous avons constat\u00e9 que la conscience de l\u2019appartenance \u00e0 la nation \u00e9tait en voie de disparition. Nous avons constat\u00e9 que nos communaut\u00e9s d\u2019au-del\u00e0 des fronti\u00e8res \u00e9taient soumises \u00e0 une pression assimilatrice constante, \u00e0 laquelle elles n\u2019\u00e9taient pas en mesure de r\u00e9sister. Et nous avons constat\u00e9 que les capacit\u00e9s physiques pr\u00e9pos\u00e9es \u00e0 la d\u00e9fense de notre souverainet\u00e9\u00a0: la police, l\u2019arm\u00e9e, \u00e9taient scl\u00e9ros\u00e9es. Comme Gyula Tell\u00e9r l\u2019avait \u00e9crit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la Hongrie \u00e9tait en 2010 en train de se vider mat\u00e9riellement, spirituellement et biologiquement. Le premier ministre et le gouvernement devaient donc r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir si la solution de ces probl\u00e8mes hongrois \u00e9tait envisageable dans le cadre de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale\u00a0? A cette question, nous avons r\u00e9solument r\u00e9pondu non. Ce n\u2019\u00e9tait pas envisageable. Ce cadre-l\u00e0 ne permet pas de trouver les bonnes r\u00e9ponses \u00e0 ces questions. Il fallait donc trouver autre chose. Nous avons d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il faut conserver le cadre de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 lib\u00e9rale qui subsistait du changement de r\u00e9gime lib\u00e9ral, qu\u2019il faut conserver les institutions d\u00e9mocratiques, juridiques et politiques, mais qu\u2019il faut modifier radicalement le mode de structuration de la soci\u00e9t\u00e9 et de la communaut\u00e9. En d\u2019autres termes\u00a0: d\u00e9mocratie oui, lib\u00e9ralisme non.<\/p>\n<p>Et c\u2019est alors qu\u2019est arriv\u00e9 le d\u00e9bat\u00a0: qu\u2019est-ce donc que cette d\u00e9mocratie illib\u00e9rale, une d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne \u00e0 l\u2019ancienne ou un syst\u00e8me bas\u00e9 sur la nation\u00a0? Il est peut-\u00eatre utile de rappeler ici en quelques mots la diff\u00e9rence entre le premier changement de r\u00e9gime, que nous avons appel\u00e9 changement de r\u00e9gime lib\u00e9ral, et le second, que nous pouvons appeler changement de r\u00e9gime illib\u00e9ral ou fond\u00e9 sur la nation. Nous avons revisit\u00e9 et plac\u00e9 sur de nouvelles bases la relation qui s\u2019\u00e9tablit entre la communaut\u00e9 et l\u2019individu. Dans le syst\u00e8me lib\u00e9ral, la soci\u00e9t\u00e9 et la nation ne sont rien d\u2019autre qu\u2019une masse d\u2019individus en concurrence les uns avec les autres. Ce qui les rassemble, c\u2019est la constitution et l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Il n\u2019y a pas de nation, ou s\u2019il y en a tout de m\u00eame une, c\u2019est seulement une nation politique. Je voudrais ici ouvrir une parenth\u00e8se et rendre hommage \u00e0 L\u00e1szl\u00f3 S\u00f3lyom[7], qui a fait \u0153uvre d\u00e9finitive pendant sa pr\u00e9sidence quand il a \u00e9tudi\u00e9 et pr\u00e9cis\u00e9, \u00e0 la fois juridiquement et philosophiquement, le concept de la nation culturelle par opposition avec la nation politique. Fin de la parenth\u00e8se. Puisque donc il n\u2019y a pas de nation, il n\u2019y a pas non plus de communaut\u00e9, ni d\u2019int\u00e9r\u00eat communautaire. Voil\u00e0, en gros, ce qu\u2019est la relation entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9 dans la conception lib\u00e9rale. Face \u00e0 cela, la conception illib\u00e9rale ou d\u2019inspiration nationale affirme que la nation est une communaut\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e par son histoire et sa culture, une organisation qui s\u2019est form\u00e9e au cours de l\u2019histoire et dont les membres doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s et pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 faire face ensemble aux d\u00e9fis du monde. Dans la conception lib\u00e9rale, la performance individuelle, ce que fait chacun, s\u2019il vit une vie productive ou une vie improductive, est une affaire strictement personnelle et ne peut pas faire l\u2019objet d\u2019un jugement moral. Face \u00e0 cela, dans un syst\u00e8me d\u2019inspiration nationale, la performance individuelle qui m\u00e9rite en premier lieu la reconnaissance est celle qui sert en m\u00eame temps le bien de la communaut\u00e9. Il faut l\u2019entendre au sens large. Voil\u00e0 par exemple nos patineurs qui ont gagn\u00e9 une m\u00e9daille d\u2019or\u00a0: une performance sportive d\u2019excellence est aussi une performance individuelle qui sert en m\u00eame temps le bien de la communaut\u00e9. Quand nous les citons, nous ne disons pas qu\u2019<em>ils<\/em>\u00a0ont gagn\u00e9 une m\u00e9daille d\u2019or, mais que\u00a0<em>nous<\/em>\u00a0avons gagn\u00e9 l\u2019or olympique\u00a0: leur performance individuelle a bien clairement servi aussi les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9. Dans un syst\u00e8me illib\u00e9ral ou d\u2019inspiration nationale, la performance digne de reconnaissance n\u2019est pas une affaire personnelle et rev\u00eat des formes bien d\u00e9finies. Il en est ainsi de l\u2019auto-responsabilisation et du travail, de la capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er et \u00e0 subvenir \u00e0 sa propre existence, de l\u2019\u00e9tude et d\u2019un mode de vie sain, du paiement de l\u2019imp\u00f4t, de la fondation d\u2019une famille et de l\u2019\u00e9ducation des enfants. Ou encore de la capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019y retrouver dans les affaires et dans l\u2019histoire de la nation, et de la participation \u00e0 la r\u00e9flexion sur le devenir de la nation. Ce sont des capacit\u00e9s que nous reconnaissons, que nous valorisons, que nous consid\u00e9rons comme de rang sup\u00e9rieur et que nous soutenons. Voil\u00e0 en quoi ce qui est arriv\u00e9 en Hongrie en mati\u00e8re de relation entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e8re totalement de la situation qui pr\u00e9valait en 1990, au moment du changement de r\u00e9gime lib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Et de la m\u00eame mani\u00e8re, nous avons replac\u00e9 sur de nouvelles bases notre r\u00e9flexion et notre culture en mati\u00e8re de relations entre individus. Pour simplifier tout en gardant l\u2019essentiel, dans un syst\u00e8me lib\u00e9ral la r\u00e8gle est que tout ce qui ne porte pas atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019autrui est permis. C\u2019est la boussole de l\u2019action individuelle. Parenth\u00e8se, petit probl\u00e8me\u00a0: qu\u2019est-ce qui, au bout du compte, ne porte pas atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019autrui\u00a0? Quelque chose qui en g\u00e9n\u00e9ral est d\u00e9fini par les plus forts. Mais laissons cela entre parenth\u00e8ses. Au lieu de cela, ce qui se passe maintenant chez nous, ou ce que nous essayons maintenant de mettre en place, suit une autre boussole et d\u00e9clare \u2013 en revenant \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 bien connue \u2013 que la bonne d\u00e9finition de la relation entre deux individus ne consiste pas \u00e0 dire que tout le monde a le droit de tout faire qui ne porte pas atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019autrui, mais que tu ne dois pas faire \u00e0 autrui ce que tu ne voudrais pas que l\u2019on te fasse \u00e0 toi-m\u00eame. Et m\u00eame plus\u00a0: ce que tu voudrais que l\u2019on te fasse, fais-le \u00e0 autrui aussi. C\u2019est une base diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Et nous voici arriv\u00e9s \u00e0 la question politique la plus d\u00e9licate et la plus sensible\u00a0: le mot \u00ab\u00a0illib\u00e9ral\u00a0\u00bb. Chaque fois que j\u2019observe ce pitoyable et pr\u00e9cautionneux d\u00e9bat, le film embl\u00e9matique de notre g\u00e9n\u00e9ration,\u00a0<em>Monty Python : Sacr\u00e9 Graal !<\/em>\u00a0(en hongrois\u00a0:\u00a0<em>Gyalog Galopp, \u00ab\u00a0galop \u00e0 pied\u00a0\u00bb, NdT<\/em>) me vient \u00e0 l\u2019esprit, o\u00f9 lorsque les chevaliers \u00ab chevauchent \u00bb, qu\u2019ils se trouvent dans la for\u00eat face aux g\u00e9ants, il y a un mot qu\u2019il ne faut pas prononcer. Et l\u00e0 ils restent fig\u00e9s sur place dans le film pendant des minutes enti\u00e8res, parce qu\u2019il ne faut pas prononcer le mot dont tout le monde sait qu\u2019il faudrait le prononcer. C\u2019est ce qui se passe en politique internationale avec le mot \u00ab illib\u00e9ral \u00bb. La raison en est que les lib\u00e9raux, qui sont tout sauf incomp\u00e9tents, ont cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 lui donner, \u00e0 savoir qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une expression dot\u00e9e d\u2019un sens privatif, une d\u00e9mocratie d\u00e9guis\u00e9e. Un syst\u00e8me qui se d\u00e9guise en d\u00e9mocratie, mais qui en r\u00e9alit\u00e9 ne l\u2019est pas. Les lib\u00e9raux ont donc cr\u00e9\u00e9 ces deux affirmations : la premi\u00e8re, que la d\u00e9mocratie est n\u00e9cessairement lib\u00e9rale, et la seconde, que la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne est elle aussi n\u00e9cessairement lib\u00e9rale. Ces affirmations sont \u00e0 mon avis toutes deux erron\u00e9es, car il est certain que c\u2019est le contraire qui est vrai : la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale n\u2019aurait jamais pu voir le jour sans le substrat culturel chr\u00e9tien, car la vraie situation \u2013 celle qui para\u00eet invraisemblable \u00e0 premi\u00e8re vue \u2013 est celle o\u00f9 dans les d\u00e9cisions les plus importantes pour un pays, lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9terminer dans quelle direction il faut aller et \u00e0 qui devra \u00eatre confi\u00e9 le soin de la mise en application de la d\u00e9cision prise, les suffrages de deux individus \u2013 dont l\u2019un, disons, n\u2019a m\u00eame pas son certificat d\u2019\u00e9tudes et l\u2019autre est le pr\u00e9sident de l\u2019Acad\u00e9mie \u2013 ont la m\u00eame valeur. L\u2019un a plut\u00f4t besoin d\u2019assistance, l\u2019autre paie d\u2019\u00e9normes d\u2019imp\u00f4ts, et malgr\u00e9 cela leurs voix respectives ont la m\u00eame valeur. L\u2019un comprend le monde, l\u2019autre ne manifeste aucun int\u00e9r\u00eat vis-\u00e0-vis du monde. Et malgr\u00e9 cela, leurs voix respectives ont la m\u00eame valeur. Il n\u2019est possible de cr\u00e9er une construction politique qui s\u2019appelle d\u00e9mocratie \u2013 et qui, par voie de cons\u00e9quence, est \u00e0 la base de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale \u2013 que si l\u2019on trouve un concept particulier qui fait en sorte que ces individus clairement diff\u00e9rents les uns des autres soient tout de m\u00eame \u00e9gaux, et que l\u2019on puisse donc prendre leur opinion en compte avec la m\u00eame pond\u00e9ration. Et cela ne peut pas \u00eatre autre chose que la proposition chr\u00e9tienne, qui nous enseigne que nous avons tous \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image du Bon Dieu.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie lib\u00e9rale ne peut donc exister dans le monde que l\u00e0 o\u00f9 une culture chr\u00e9tienne a pr\u00e9alablement exist\u00e9. Cela est g\u00e9ographiquement et historiquement d\u00e9montrable. L\u2019affirmation selon laquelle toute d\u00e9mocratie est n\u00e9cessairement lib\u00e9rale et que la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne doit elle aussi \u00eatre lib\u00e9rale est tout simplement fausse. La d\u00e9mocratie lib\u00e9rale n\u2019est rest\u00e9e viable que tant qu\u2019elle n\u2019a pas abandonn\u00e9 ses bases chr\u00e9tiennes. Elle a exerc\u00e9 une influence b\u00e9n\u00e9fique sur l\u2019humanit\u00e9 tant qu\u2019elle a prot\u00e9g\u00e9 la libert\u00e9 individuelle et la propri\u00e9t\u00e9. Mais quand elle a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9manteler les liens qui unissent l\u2019homme \u00e0 la vie r\u00e9elle, qu\u2019elle a mis en question l\u2019identit\u00e9 de genre, qu\u2019elle a d\u00e9valoris\u00e9 l\u2019identit\u00e9 confessionnelle, qu\u2019elle a consid\u00e9r\u00e9 comme inutile l\u2019attachement \u00e0 la nation, le contenu de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale s\u2019est radicalement modifi\u00e9. Et la v\u00e9rit\u00e9 est que sur les vingt \u00e0 trente derni\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est cette tendance qui a marqu\u00e9 l\u2019esprit public europ\u00e9en.<\/p>\n<p>En plus de tous les d\u00e9bats domestiques qu\u2019elle soul\u00e8ve, cette question a aussi une dimension internationale. Mon temps de parole approche de son terme, je n\u2019ai donc pas le temps de la d\u00e9velopper, mais je voudrais citer les mots de Ladislas le Grand, qui a dit que la Hongrie ne doit \u00eatre \u00ab\u00a0ni le cul de l\u2019Ouest, ni le front de l\u2019Est\u00a0\u00bb. Des mots \u00e9nigmatiques, dont nous ne savons pas avec pr\u00e9cision ce qu\u2019ils veulent dire mais dont nous sentons tous qu\u2019ils sont justes. En tout \u00e9tat de cause, pour r\u00e9sumer ce qu\u2019il faut entendre par ce qui se passe aujourd\u2019hui en Hongrie, nous pouvons tenter, en toute modestie, l\u2019explication suivante\u00a0: un Etat illib\u00e9ral a vu le jour, sur un v\u00e9ritable mod\u00e8le de th\u00e9orie politique et de th\u00e9orie de l\u2019Etat, un Etat chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate d\u2019un type particulier. Apr\u00e8s cela il n\u2019y a plus qu\u2019une question \u00e0 laquelle je dois r\u00e9pondre, qui est celle de savoir pourquoi nos adversaires, les partisans de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, nous ha\u00efssent \u00e0 ce point\u00a0? Le fait qu\u2019ils s\u2019opposent \u00e0 ce que nous repr\u00e9sentons ne pose pas de probl\u00e8me, puisqu\u2019ils professent une autre conviction. C\u2019est pourquoi le fait que nous en d\u00e9battions, parfois de mani\u00e8re vivace et exacerb\u00e9e, fait partie de l\u2019ordre naturel des d\u00e9bats internationaux, et m\u00eame domestiques. Mais la haine ne fait pas partie de l\u2019ordre naturel. Et nous ressentons tous que lorsque l\u2019on nous critique et nous attaque, ce n\u2019est pas pour d\u00e9battre avec nous, mais pour nous ha\u00efr. Nous connaissons tous le vieux conseil tactique communiste consistant \u00e0 accuser son adversaire de ce que l\u2019on fait soi-m\u00eame, et c\u2019est pourquoi les lib\u00e9raux pr\u00e9tendent que nous les ha\u00efssons avec nos sentiments nationaux, mais la r\u00e9alit\u00e9 est exactement l\u2019inverse, parce que nous autres sommes capables, dans une approche chr\u00e9tienne, de faire la diff\u00e9rence entre l\u2019homme et ses actes. Nous sommes capables de ne pas aimer, et m\u00eame de ha\u00efr ses actes, mais nous ne d\u00e9testons ni ne ha\u00efssons l\u2019homme. Au lieu de cela, nos adversaires ne se limitent pas \u00e0s\u2019opposer \u00e0 ce que nous faisons, mais ils nous ha\u00efssent aussi nomm\u00e9ment.<\/p>\n<p>Il est important de comprendre pourquoi il en est ainsi. Pas simplement par curiosit\u00e9 intellectuelle \u2013 bien que cela ait aussi son importance, parce que c\u2019est toujours un succ\u00e8s de comprendre quelque chose de compliqu\u00e9 \u2013, mais parce que nous en avons besoin pour savoir comment y r\u00e9agir. Pour savoir ce qui fait sens quand nous nous d\u00e9fendons, et ce qui n\u2019en fait pas. Je vais maintenant essayer de donner une r\u00e9ponse certes un peu rapide, mais d\u2019apparence logique \u00e0 la question de savoir pourquoi les lib\u00e9raux nous ha\u00efssent. Posons d\u2019abord que les opinions sur ce que devrait \u00eatre un bon ordre mondial se fondent depuis plusieurs si\u00e8cles sur deux concepts diff\u00e9rents dans la culture politique europ\u00e9enne. L\u2019un affirme qu\u2019il doit y avoir dans le monde des Etats libres diff\u00e9renci\u00e9s les uns des autres, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale des Etats issus de nations, qu\u2019ils doivent suivre chacun leur voie et organiser leur collaboration sur la base du principe du moindre conflit et du plus grand bien commun. L\u2019autre affirme qu\u2019il doit y avoir une puissance, un principe sous lequel il est possible d\u2019unifier la multitude des peuples d\u2019Europe, ou du monde. Un tel syst\u00e8me est n\u00e9cessaire, et ce syst\u00e8me unificateur des peuples est toujours mis en place et maintenu par une force sup\u00e9rieure aux nations. Nous pouvons appeler le premier concept d\u2019inspiration nationale, et le second d\u2019inspiration imp\u00e9riale, mais je ne voudrais pas vexer les partisans de la conception imp\u00e9riale en utilisant le mot d\u2019imp\u00e9rialisme, bien que je pourrais le faire. Ce concept selon lequel le bon ordre mondial impose que l\u2019on range sous un seul id\u00e9al, donc sous une seule gouvernance, les peuples du monde, a longtemps \u00e9t\u00e9 le privil\u00e8ge des communistes. C\u2019\u00e9tait l\u2019internationalisme socialiste, ou si vous pr\u00e9f\u00e9rez l\u2019internationalisme communiste. Il a \u00e9chou\u00e9. Si ce n\u2019est d\u2019autre chose, au moins du fait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un concept sens\u00e9. Sa place vide a en revanche \u00e9t\u00e9 prise par une nouvelle orientation politique, qui n\u2019est autre que l\u2019orientation europ\u00e9enne de la politique lib\u00e9rale. Il vaut la peine de se rappeler qu\u2019il y a trente ans il existait encore en Europe une d\u00e9mocratie socialiste, ou sociale, une d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne et une d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Mais \u00e0 la suite des confrontations politiques, les lib\u00e9raux ont atteint une position selon laquelle aujourd\u2019hui tout le monde doit \u00eatre d\u00e9mocrate lib\u00e9ral, la d\u00e9mocratie n\u2019a pas de lecture sp\u00e9cifiquement socialiste \u2013 comme les partis socialistes l\u2019avaient autrefois r\u00e9alis\u00e9 \u2013, ni de lecture sp\u00e9cifiquement chr\u00e9tienne-d\u00e9mocrate. Et m\u00eame si quelque chose d\u2019\u00e9quivalent existe, ce quelque chose ne peut pas s\u2019\u00e9carter substantiellement de la lecture lib\u00e9rale de la d\u00e9mocratie. Aujourd\u2019hui par cons\u00e9quent, les lib\u00e9raux europ\u00e9ens sont ceux qui estiment qu\u2019ils ont entre les mains un argumentaire qui \u2013 ils en sont convaincus \u2013 apportera le salut, la paix et le bien-\u00eatre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re. Ils tiennent entre leurs mains un mod\u00e8le universel, sur lequel ils ont fond\u00e9 leur argumentaire. Et c\u2019est cet argumentaire lib\u00e9ral qui nous dicte aujourd\u2019hui, dans la politique europ\u00e9enne, ce que l\u2019on doit penser et comment, quelle action est correcte et doit \u00eatre soutenue, ce que l\u2019on doit rejeter, ce qui n\u2019est pas compatible avec les id\u00e9aux lib\u00e9raux, et qui nous dicte aussi ce qu\u2019il faut penser des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus fondamentaux de la vie. Et aujourd\u2019hui, nous pouvons r\u00e9sumer ce programme, de mani\u00e8re rapide et succincte, en affirmant que partout dans le monde, mais en particulier en Europe, il convient de transformer toutes les relations humaines et les rapports au sein de la soci\u00e9t\u00e9 pour leur faire adopter la souplesse des relations d\u2019affaires. Si je veux j\u2019y vais, si je ne veux pas je n\u2019y vais pas. Si je veux j\u2019y entre, si je ne veux pas j\u2019en sors. C\u2019est ce qui permet de comprendre pourquoi les lib\u00e9raux soutiennent la migration, et c\u2019est ce qui permet de comprendre pourquoi c\u2019est justement le r\u00e9seau de George Soros qui organise la migration. Selon l\u2019acception lib\u00e9rale de la libert\u00e9, l\u2019on ne peut \u00eatre libre que si l\u2019on se lib\u00e8re de tout ce qui vous rattache \u00e0 quelque chose : des fronti\u00e8res, du pass\u00e9, de la langue, de la religion et des traditions. Si l\u2019on arrive \u00e0 se lib\u00e9rer de tout cela, si l\u2019on arrive \u00e0 en sortir, alors l\u2019on sera un homme libre.<\/p>\n<p>Cette th\u00e8se, comme il est d\u2019usage, a produit son antith\u00e8se\u00a0: c\u2019est ce que nous appelons, c\u2019est ce que j\u2019appelle l\u2019illib\u00e9ralisme. Ce mode de pens\u00e9e pr\u00e9tend que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la libert\u00e9 individuelle ne peut pas supplanter les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9. Il y a une majorit\u00e9, bien s\u00fbr, et il faut la respecter parce qu\u2019elle est l\u2019essence de la d\u00e9mocratie. L\u2019Etat ne peut pas rester neutre face \u00e0 la culture, il ne peut pas rester neutre face \u00e0 la famille, et il ne peut pas rester neutre non plus face \u00e0 la question de savoir quel type de population r\u00e9side sur son propre territoire. En d\u2019autres termes, les illib\u00e9raux d\u2019aujourd\u2019hui sont ceux qui d\u00e9fendent leurs fronti\u00e8res, qui d\u00e9fendent leur culture nationale et qui rejettent les ing\u00e9rences ext\u00e9rieures et les tentatives de constructions imp\u00e9riales. En revenant aux Monty Python, devons-nous avoir peur de prononcer le mot\u00a0? Nous en aurions de bonnes raisons, mais je ne voudrais pas vous donner un conseil de poltronnerie. Dans des situations comme celles-l\u00e0, si nous ne nous sentons pas assez forts dans le pr\u00e9sent, il vaut toujours la peine de citer les grands anciens. Si l\u2019on prend la peine de lire la Charte de l\u2019Atlantique, dont les auteurs ont \u00e9t\u00e9 Roosevelt et Churchill et dans laquelle ils ont jet\u00e9 les bases de l\u2019avenir de l\u2019Europe, je peux affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un document illib\u00e9ral pur et dur, dans lequel les Anglo-saxons affirment que tout peuple a le droit de d\u00e9cider de son propre sort et de choisir lui-m\u00eame son gouvernement, que personne ne doit s\u2019immiscer dans ses affaires int\u00e9rieures et que ses fronti\u00e8res doivent \u00eatre respect\u00e9es. Ou en citant Robert Schuman, tenu en haute estime par les lib\u00e9raux eux-m\u00eames en tant que fondateur de l\u2019Europe, et qui a d\u00e9clar\u00e9 \u2013 je le cite \u2013 que la d\u00e9mocratie doit son existence au christianisme. La d\u00e9mocratie est n\u00e9e le jour o\u00f9 l\u2019homme a re\u00e7u sa vocation de r\u00e9aliser, dans sa vie terrestre, sa dignit\u00e9 personnelle dans la libert\u00e9 individuelle, dans le respect de tous ses droits et dans la pratique de la fraternit\u00e9 universelle. Personne \u2013 tout au plus Monsieur le Pasteur \u2013 ne pourrait d\u00e9clarer cela aujourd\u2018hui impun\u00e9ment au Parlement europ\u00e9en. Cela veut dire que les grands anciens, auxquels nous nous r\u00e9f\u00e9rons r\u00e9guli\u00e8rement comme les cr\u00e9ateurs de l\u2019id\u00e9e de l\u2019unit\u00e9 europ\u00e9enne, n\u2019appartiendraient pas,selon la s\u00e9mantique en vigueur aujourd\u2019hui, aux d\u00e9mocrates lib\u00e9raux, mais bien aux d\u00e9mocrates illib\u00e9raux. Je pense donc que nous ne devons pas avoir peur lorsque, en opposition avec l\u2019esprit du temps, nous assumons l\u2019\u00e9dification d\u2019un syst\u00e8me \u00e9tatique et politique illib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 la question de savoir pourquoi les lib\u00e9raux nous ha\u00efssent, je dirai ceci\u00a0: puisqu\u2019ils estiment que l\u2019humanit\u00e9 est en train de d\u00e9passer son \u00e9poque nationaliste, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019inspiration nationale et christiano-centr\u00e9e, et qu\u2019il convient donc de piloter l\u2019humanit\u00e9 vers une \u00e8re post-nationaliste et post-chr\u00e9tienne, ils consid\u00e8rent que pour y parvenir un mod\u00e8le est n\u00e9cessaire, que l\u2019humanit\u00e9 a besoin d\u2019un mod\u00e8le nouveau et universel, qu\u2019ils ont trouv\u00e9 dans la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Maintenant, le probl\u00e8me est que toute th\u00e9orie de ce genre qui promeut le salut universel par la politique ne peut \u00eatre forte et efficace que si elle est exclusive. La volont\u00e9 universelle ne peut supporter le moindre peuple inflexible, aussi minuscule soit-il. C\u2019est pourquoi lorsque l\u2019id\u00e9ologie du salut universel et de la paix se heurte \u00e0 une r\u00e9sistance, elle n\u2019y r\u00e9pond pas par le d\u00e9bat, mais par la haine. Parce que pour elle le mod\u00e8le propos\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 ne peut \u00eatre valable et vrai que s\u2019il est vrai sans souffrir d\u2019exception.C\u2019est pour cette raison que ce \u00ab\u00a0programme lib\u00e9ral internationaliste\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre vrai que s\u2019il est vrai pour toute nation, pour tout homme, pour toute femme, \u00e0 toute \u00e9poque. Cela nous renvoie \u00e0 Kant, mais c\u2019est un autre point de d\u00e9tail. La moindre obstination ne peut \u00eatre support\u00e9e, car s\u2019il existe une obstination, aussi maigre soit-elle, qui d\u00e9montre qu\u2019une organisation sociale diff\u00e9rente est possible, c\u2019est toute la th\u00e9orie du salut universel qui tombe \u00e0 l\u2019eau. Et si la Hongrie, la Pologne, l\u2019Autriche, l\u2019Italie et la Tch\u00e9quie tiennent \u00e0 leur propre mani\u00e8re de voir les choses, \u00e0 leur attachement \u00e0 la nation, c\u2019est insupportable, c\u2019est intol\u00e9rable. Il ne faut pas seulement combattre ces gens, il faut les ha\u00efr, parce qu\u2019ils font entrave au bien universel de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi, Mesdames et Messieurs \u2013 et Monsieur le Pasteur en a fait l\u2019exp\u00e9rience \u2013 lorsqu\u2019ils s\u2019adressent \u00e0 nous dans les institutions de l\u2019Union europ\u00e9enne, ce n\u2019est pas un d\u00e9bat qu\u2019ils initient, mais un discours de haine gorg\u00e9 de bile qu\u2019ils d\u00e9versent sur nous. Eh bien, apr\u00e8s cela il n\u2019y a plus qu\u2019une question \u00e0 laquelle il faut r\u00e9pondre : quel sera au juste l\u2019avenir de la d\u00e9mocratie illib\u00e9rale en Europe ? A cette question, il est \u00e9vident que personne ne peut donner de r\u00e9ponse s\u00fbre. Mais ce que nous pouvons dire, c\u2019est qu\u2019aux derni\u00e8res \u00e9lections europ\u00e9ennes les partis qui ont partout le mieux figur\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 ceux sur lesquels on tirait au canon au nom de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Les plus grands succ\u00e8s et les plus fortes progressions ont \u00e9t\u00e9 obtenus par les partis qui \u2013 nous pouvons le dire \u2013 se trouvaient sous le feu crois\u00e9 critique de la pens\u00e9e politique dominante europ\u00e9enne. Oublions un instant la Hongrie avec ses 53% \u2013 ce n\u2019est pourtant pas rien \u2013 et regardons nos amis Polonais, les Tch\u00e8ques, les Italiens. Ce sont eux qui ont r\u00e9alis\u00e9 les meilleures performances aux \u00e9lections parlementaires europ\u00e9ennes. C\u2019est pourquoi je suis d\u2019avis qu\u2019il est l\u00e9gitime, viable et raisonnable de positionner la d\u00e9mocratie illib\u00e9rale en antith\u00e8se de la th\u00e8se de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, et ce non seulement au niveau intellectuel, mais aussi au niveau des programmes politiques. Il ne nous reste qu\u2019\u00e0 trouver la phrase ou l\u2019expression qui donne au mot d\u2019illib\u00e9ralisme, dont la connotation est fondamentalement n\u00e9gative,son sens positif. Car il r\u00e9sulte clairement de ce que je viens de dire que ce que nous souhaitons, c\u2019est de concentrer dans ce concept un maximum de bonnes choses. J\u2019ai beau le tourner et le retourner, je ne peux pas en donner de meilleure d\u00e9finition que celle consistant \u00e0 dire que la signification de la politique illib\u00e9rale n\u2019est autre que la libert\u00e9 chr\u00e9tienne.\u00a0<em>Mission liberty<\/em>, la libert\u00e9 chr\u00e9tienne et la d\u00e9fense de la libert\u00e9 chr\u00e9tienne. La politique qui \u0153uvre en faveur de la libert\u00e9 chr\u00e9tienne illib\u00e9rale s\u2019efforce de conserver tout ce que les lib\u00e9raux n\u00e9gligent, oublient et m\u00e9prisent.<\/p>\n<p>Et pour conclure, nous avons encore \u00e0 aborder la question de savoir si la culture chr\u00e9tienne et la libert\u00e9 chr\u00e9tienne ont besoin d\u2019\u00eatre d\u00e9fendues\u00a0? Ma r\u00e9ponse est qu\u2019aujourd\u2019hui la libert\u00e9 chr\u00e9tienne fait face \u00e0 deux attaques. La premi\u00e8re, qui vient de l\u2019int\u00e9rieur, est celle des lib\u00e9raux et vise \u00e0 l\u2019abandon de la culture chr\u00e9tienne de l\u2019Europe. Mais il y en a une seconde, qui vient de l\u2019ext\u00e9rieur et qui se manifeste dans la migration, dont la cons\u00e9quence \u2013 m\u00eame si ce n\u2019est pas son intention \u2013 est d\u2019an\u00e9antir l\u2019Europe telle que nous l\u2019avons connue.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Si nous revenons maintenant, Mesdames et Messieurs, \u00e0 notre point de d\u00e9part, nous constatons que nous avons derri\u00e8re nous trente ans, et devant nous peut-\u00eatre encore quinze ans de ce programme de\u00a0<em>prime time<\/em>. Si vous me demandez de quoi nous allons remplir ces quinze ann\u00e9es, je peux r\u00e9pondre que ce sera la t\u00e2che de notre g\u00e9n\u00e9ration de nous opposer \u00e0 l\u2019esprit du temps lib\u00e9ral et \u00e0 l\u2019internationalisme lib\u00e9ral. Car ce n\u2019est qu\u2019ainsi que nous pourrons renforcer la Hongrie. Ce sera un combat injustement difficile. La pente favorise nos adversaires, mais je suis convaincu que nous avons de notre c\u00f4t\u00e9 pas tout, bien s\u00fbr, mais une bonne partie de ce que nous pouvons consid\u00e9rer comme beau, libre et juste, que nous pouvons r\u00e9sumer dans le concept de libert\u00e9 chr\u00e9tienne. Alors il ne reste plus qu\u2019une question\u00a0: r\u00eavons-nous, ou pas\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est la question : est-il vraiment possible, ne r\u00eavons-nous pas, est-il possible que depuis bient\u00f4t dix ans un pays de 10 millions d\u2019habitants dans l\u2019Union europ\u00e9enne, \u00e0 l\u2019\u00e8re de la pens\u00e9e dominante lib\u00e9rale, r\u00e9ussisse \u00e0 s\u2019extraire d\u2019un monceau de dettes, \u00e0 remettre en \u00e9tat sa souverainet\u00e9 financi\u00e8re et \u00e9conomique, \u00e0 cro\u00eetre plus vite que les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales ? Est-il possible que ce pays r\u00e9ussisse \u00e0 rejeter la migration, \u00e0 assurer la protection de la famille, \u00e0 d\u00e9fendre sa culture chr\u00e9tienne, \u00e0 proclamer l\u2019unification et l\u2019\u00e9dification de sa nation, et \u00e0 cr\u00e9er les conditions de la libert\u00e9 chr\u00e9tienne ? Est-il possible qu\u2019il arrive \u00e0 maintenir tout ce programme face \u00e0 un vent contraire international sans pr\u00e9c\u00e9dent, et le conduise au succ\u00e8s ?<\/p>\n<p>Je ne pense pas, Mesdames et Messieurs, que nous r\u00eavions. Oui, c\u2019est possible\u00a0! Tout comme cela a \u00e9t\u00e9 possible dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Mais ce ne sera possible que si nous nous consacrons avec toute notre \u00e9nergie \u00e0 ce que nous croyons et \u00e0 ce que nous voulons. Ce ne sera possible que si nous avons du courage, un esprit chevaleresque \u2013 il en faut de nos jours \u2013, et si nous nous serrons les coudes comme le dit notre devise\u00a0: \u00ab\u00a0le camp est un\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 ce dont il sera question sur les quinze prochaines ann\u00e9es, et je ne peux vous encourager que par ces mots\u00a0:<\/p>\n<p>Vive la Hongrie, vivent les Hongrois\u00a0!<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Notes :<\/em><\/p>\n<p><em>[1]\u00a0En hongrois, la transition d\u00e9mocratique des ann\u00e9es 1989\/1990 est d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de \u00ab\u00a0changement de r\u00e9gime\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>[2]\u00a0L\u2019Alliance des d\u00e9mocrates libres, parti important \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la transition d\u00e9mocratique mais qui a compl\u00e8tement disparu vingt ans plus tard<\/em><\/p>\n<p><em>[3]\u00a0J\u00f3zsef Antall (1932-1993), premier ministre conservateur entre 1990 et 1993, chef du Forum d\u00e9mocratique hongrois (MDF)<\/em><\/p>\n<p><em>[4]\u00a0Gyula Horn (1932-2013), ancien dignitaire communiste, premier ministre socialiste entre 1994 et 1998<\/em><\/p>\n<p><em>[5]\u00a0Mikl\u00f3s K\u00e1sler, ministre des Capacit\u00e9s humaines, auquel est rattach\u00e9e l\u2019Education<\/em><\/p>\n<p><em>[6]\u00a0Gyula Tell\u00e9r (1934), Tam\u00e1s S\u00e1rk\u00f6zy (1940), Ervin Csizmadia (1958), penseurs et politologues hongrois<\/em><\/p>\n<p><em>[7]\u00a0L\u00e1szl\u00f3 S\u00f3lyom (1942), juriste constitutionnel, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Hongrie entre 2005 et 2010<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Traduction fournie par le service de communication international du gouvernement hongrois.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hongrie\u00a0\u2013 Chaque ann\u00e9e, Viktor Orb\u00e1n tient un discours de philosophie politique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de B\u00e1lv\u00e1nyos \u00e0 Tusv\u00e1nyos, en Transylvanie \u2013 r\u00e9gion anciennement hongroise, dont certaines parties sont toujours peupl\u00e9es majoritairement de hongrois, et o\u00f9 le Fidesz fait presque l\u2019unanimit\u00e9. Ainsi, en 2014, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il avait introduit le concept de d\u00e9mocratie illib\u00e9rale. 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