Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

La Pologne tient bon face aux groupes de « migrants » acheminés par la Biélorussie

Temps de lecture : 5 minutes

Pologne/Biélorussie – La tension continue de monter à la frontière orientale de la Pologne. Samedi, accompagnant un groupe d’une centaine de migrants auxquels ils avaient apparemment fourni du gaz lacrymogène, des soldats biélorusses ont arraché un fragment de barbelés frontaliers tout en aveuglant les soldats polonais avec des projecteurs et des lasers. Ce énième incident grave s’inscrit dans la suite d’une série de provocations qui semblent monter en puissance ces derniers jours. Le nombre de militaires polonais déployés en soutien aux policiers et gardes-frontières atteint désormais quinze mille hommes.

Depuis lundi matin, une semaine après la tentative biélorusse pour organiser le passage groupé de près de mille migrants dans la forêt près du passage frontalier de Kuźnica, le camp improvisé mis en place après l’échec de cette tentative se vidait de ses habitants qui se rendaient accompagnés par des Biélorusses armés et en uniforme vers le passage frontalier officiel, désormais fermé, où les attendaient des policiers et soldats polonais avec un hélicoptère et un canon à eau.

Pour détromper les candidats à l’immigration illégale dans l’UE, les Polonais envoyaient ce week-end sur tous les téléphones portables à proximité de la frontière des SMS informant que la frontière est et restera fermée aux tentatives de passage illégal. Des messages dans les langues du Moyen-Orient sont diffusés par mégaphone pour prévenir qu’il sera fait usage de la force en cas de tentatives de passage dont les auteurs refuseraient d’obtempérer.

 

 

Pour les besoins des médias biélorusses et aussi russes aujourd’hui prompts à pleurer sur le sort de ces pauvres « réfugiés » brutalisés par les « fascistes » polonais, des groupes de femmes et enfants sont conduits par les militaires biélorusses juste devant les barbelés pour y être photographiés et filmés, même si en réalité la grande majorité de ces migrants principalement arabo-musulmans ou kurdo-musulmans, le plus souvent irakiens, sont des hommes jeunes.

Certains arrivent toujours à passer, même si du fait de la montée en puissance du dispositif polonais les tentatives de passage de la frontière de ces derniers jours sont moins nombreuses que les quelque 400-600 enregistrés quasiment quotidiennement au mois d’octobre. Quand ils arrivent à passer, ceux qui se font prendre à la frontière sont refoulés à chaud et ceux qui se font prendre à l’intérieur du pays sont arrêtés en vue de leur rapatriement. Si la Commission européenne et les pays de l’UE soutiennent officiellement la Pologne et les deux pays baltes, Lituanie et Lettonie, qui se trouvent aujourd’hui dans la même situation, l’eurodéputé polonais Jacek Saryusz-Wolski alertait dimanche de la volonté de la Commission d’exiger de ces trois pays frontaliers de la Biélorussie qu’ils interdisent les refoulement à chaud et acceptent la surveillance de l’agence Frontex, dont la Pologne ne veut toujours pas demander l’assistance, ce dont s’offusque le secrétaire d’État français aux affaires européennes Clément Beaune alors que le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas demande une solidarité sans faille avec Varsovie dans cette affaire.

Les refoulements à chaud, déjà pratiqués au début de la crise au printemps, ont été légalisés par des lois votées depuis par les parlements lituanien et polonais. 

Afin d’exercer des pressions sur Minsk, la Pologne a menacé la semaine dernière de fermer complétement la frontière. Ceci alors que les sanctions adoptées l’année dernière en réaction à la répression brutale des manifestations provoquées par la fraude électorale ayant permis la réélection d’Alexandre Loukachenko à la présidence du pays n’ont pas jusqu’ici, du fait de leur caractère limité, eu d’impact négatif sur les échanges entre les deux pays, dont la valeur a au contraire fortement augmenté entre 2020 et 2021, comme du reste la valeur des échanges biélorusses avec l’ensemble de l’UE. En réponse à cette menace de fermeture totale de la frontière et à la menace de nouvelles sanctions européennes, le président biélorusse a menacé la semaine dernière de couper le transit du gaz russe par son pays. Les nouvelles sanctions adoptées en mai après le détournement d’un avion civil européen par la Biélorussie, elles aussi surtout symboliques mais auxquelles Loukachenko avait justement réagi en faisant venir des migrants pour les acheminer à sa frontière avec l’UE, n’ont apparemment pas non plus impacté négativement les échanges, contrairement à ce qui pourrait arriver en cas de fermeture de la frontière et de coupure du gaz. 

Le président russe Vladimir Poutine a assuré que la Russie n’avait rien à voir avec ces menaces sur les fournitures de gaz ni avec l’arrivée massive de migrants moyen-orientaux en Biélorussie, même si

une telle menace ne peut que renforcer la position russe dans le conflit qui l’oppose à la Commission européenne pour ce qui concerne les conditions d’autorisation de mise en service du gazoduc Nord Stream 2,

seul capable de compenser pour l’Allemagne les quantités de gaz manquantes en cas de coupure du gazoduc passant par la Biélorussie et la Pologne. Poutine a aussi rejeté les accusations d’implication de la compagnie aérienne russe Aeroflot dans l’acheminement des migrants vers la Biélorussie.

Lundi, les 27 ont convenu des critères d’un nouveau paquet de sanctions contre la Biélorussie. Des sanctions auxquelles les États-Unis prévoient de se joindre. Cette fois-ci, elles ne viseront pas que des individus liés aux actions reprochées à la Biélorussie mais aussi des entreprises. Outre la compagnie aérienne biélorusse et les agences de voyage impliquées dans le trafic des migrants, l’aéroport de Minsk pourrait être visé, ce qui voudrait dire qu’aucun vol passant par Minsk ne pourrait plus atterrir ou décoller sur un aéroport de l’UE.

Le ministre allemand des Affaires étrangères a par ailleurs demandé que toutes les compagnies aériennes impliquées dans ce trafic de migrants soient interdites de vol dans le ciel des pays de l’UE.

Le 12 novembre, Ankara annonçait enfin vouloir interdire les départs de ces migrants vers la Biélorussie. La compagnie turque Turkish Airlines et la compagnie biélorusse Bielavia assurent désormais ne plus vendre d’allers simples de la Turquie à la Biélorussie aux Irakiens, aux Syriens et aux Yéménites. L’Irak a demandé la semaine dernière à la Biélorussie de fermer ses consulats de Bagdad et d’Erbil où étaient délivrés les visas aux candidats irakiens à l’émigration illégale vers l’Europe occidentale. Tandis que la compagnie syrienne Cham Wings Airlines a annoncé la suspension de ses vols vers la Biélorussie,

Bagdad organise désormais des vols de retour pour ses citoyens qui souhaiteraient renoncer à leurs efforts pour passer la frontière polonaise,

après plusieurs décès de migrants dans cette zone forestière où règne en cette saison un froid humide avec souvent des températures aux alentours de zéro degré la nuit.

Ce n’est plus seulement à Vilnius et Varsovie, mais aussi à Bruxelles et Washington que l’on parle aujourd’hui d’une « attaque hybride » ou d’une « guerre hybride » déclenchée par la Biélorussie soutenue par la Russie, les deux pays ayant encore fait monter la tension en conduisant ces derniers jours des manœuvres militaires conjointes à proximité de la frontière. La Russie a d’ailleurs assuré de sa volonté de défendre la Biélorussie par tous les moyens nécessaires le cas échéant. Du côté de l’OTAN, on assure de la même manière la Pologne et les pays baltes du soutien de l’Alliance atlantique et le premier ministre polonais a fait savoir dans un entretien publié dimanche que Varsovie,

Vilnius et Riga envisageaient d’informer le Conseil de l’Atlantique nord de l’existence d’une menace pour leur sécurité et leur intégrité territoriale, en application de l’article 4 du Traité de l’Atlantique nord.

Vendredi, le ministre polonais de la Défense a fait savoir que des militaires britanniques étaient engagés dans une mission de reconnaissance en vue d’un soutien au renforcement de la barrière anti-migrants polonaise, ce qui a été confirmé à Londres

Tandis qu’à Paris et à Bruxelles on déclare soutenir la Pologne sans vouloir s’engager dans la construction d’une clôture plus solide et plus difficile à franchir à la frontière orientale de l’UE et tout en refusant les refoulements à chaud et en continuant à demander des sanctions financières contre Varsovie, à Berlin et à Londres ont craint l’arrivée de ces migrants qui n’ont aucunement l’intention de s’arrêter en Pologne et le soutien à Varsovie semble beaucoup plus franc.