La Pologne, terre d’asile pour les familles norvégiennes

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Par Olivier Bault.

Pologne – La Norvégienne Silje Garmo et sa fille de deux ans Eira, qui fuyaient les services sociaux norvégiens (Barnevernet) viennent d’obtenir l’asile en Pologne ! Pour être plus précis : le ministre des Affaires étrangères vient d’approuver sa demande d’asile, et l’octroi de l’asile n’est plus qu’une simple formalité. La décision lui a été annoncée ce mercredi par l’organisation d’avocats pro-famille et pro-vie Ordo Iuris, qui l’assistait dans ses démarches.

C’est une excellente nouvelle. Je me suis beaucoup intéressé à l’affaire de cette maman norvégienne à laquelle le Barnevernet, de sinistre réputation, a déjà pris la fille aînée. Je l’avais rencontrée dans la maison où elle séjourne près de Varsovie depuis sa fuite de Norvège avec son bébé en mai 2017, afin de l’interviewer pour l’hebdomadaire polonais Do Rzeczy. Pour les détails de cette affaire, voir l’article « Quand une Norvégienne demande l’asile en Pologne » publié en mai sur le Visegrád Post.

Après un avis positif de l’Office des étrangers, qui avait confirmé que les droits fondamentaux de la mère et de sa fille étaient menacés en Norvège, le ministre des Affaires étrangères Jacek Czaputowicz lui avait refusé l’asile en juillet. L’organisation d’avocats Ordo Iuris, qui l’assiste depuis le début (et qui assiste depuis plusieurs années des familles polonaises en Norvège), a fait appel de la décision et a promis d’aller devant les tribunaux administratifs s’il le fallait. Ils ont annoncé ce mercredi la décision du ministère, suite à leur recours : la Pologne reconnaît que Silje Garmo encourt le risque de se voir enlever sa fille par les services sociaux norvégiens malgré l’absence de justification objective pour séparer cette famille, et elle lui octroie donc l’asile.

Silje Garmo et sa fille Eira dans leur appartement en Pologne en janvier 2018. Photo : Olivier Bault

C’est la première fois depuis la Deuxième guerre mondiale que des citoyens norvégiens obtiennent l’asile dans un autre pays européen.

La condamnation en septembre dernier de la Norvège par la Cour européenne des droits de l’homme a sans doute contribué à changer la décision du gouvernement polonais, mais il est probable que la médiatisation de cette affaire en Pologne et le soutien apporté à la Norvégienne Silje Garmo et sa fille par plusieurs députés du PiS et dans les milieux nationalistes et chrétiens ont aussi exercé une pression sur le parti au pouvoir. Car c’était aussi une décision politique.

D’autant plus qu’il faut maintenant s’attendre à de nouvelles demandes d’asile en Pologne de la part de familles norvégiennes fuyant les services sociaux d’un pays en pleine dérive totalitaire. Une autre demande d’asile est déjà en cours d’examen, et d’autres familles norvégiennes, qui n’ont pas demandé l’asile, sont aujourd’hui réfugiées en Pologne. Non pas que la situation soit idéale sur ce plan dans la patrie de Jean-Paul II. Il y a aussi des abus de la part des services sociaux et de certains tribunaux, mais le cadre légal et les pratiques y sont malgré tout beaucoup plus favorables au respect du droit des familles et de la vie privée. J’ai appelé Silje dès que j’ai appris la nouvelle pour la féliciter. Elle venait de l’apprendre elle aussi et était sous le choc, heureuse d’avoir enfin l’assurance que les autorités norvégiennes ne pourraient pas demander son extradition pour lui arracher sa fille Eira et pleine d’espoir de pouvoir récupérer un jour son autre fille, Frøya.

Ces familles qui viennent trouver refuge en Pologne montrent à quel point la Commission européenne et le Parlement européen, toujours inquiets de la situation de la démocratie et de l’État de droit, mais uniquement vis-à-vis des pays de l’ex-Europe de l’Est, sont à la fois hypocrites et déconnectés de la réalité. En effet, les libertés fondamentales y sont en réalité bien mieux respectées qu’en ex-Europe de l’Ouest depuis qu’ils se sont débarrassés du totalitarisme socialiste dans sa version communiste. On voit ainsi se réaliser en Pologne la prophétie du premier ministre Viktor Orbán qui avait promis que son pays, la Hongrie, ne fermerait pas sa porte aux vrais réfugiés qui commenceraient bientôt à arriver d’Europe occidentale.

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Photo de couverture : Silje Garmo et sa fille en janvier 2018. Olivier Bault.