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Dix remarques sur les médias hongrois

Le Magyar Nemzet est le principal quotidien imprimé de Hongrie. Fondé en 1938, le Magyar Nemzet (Nation hongroise) est un journal de référence pour les conservateurs et est sur une ligne proche du gouvernement de Viktor Orbán.

Temps de lecture : 7 minutes

Les deux camps de la politique hongroise peuvent faire connaître leurs vues aux trois quarts des électeurs

Médianéző Központ Kft est une société de recherche consacrée aux médias et aux politiques médiatiques de Hongrie et d’Europe centrale, dans le cadre du groupe Nézőpont Institution Kft.Il s’agit d’un groupe de réflexion hongrois créé en 2006 dans le but, comme l’affirme son site Web, « de contribuer à la vie publique et au débat public hongrois en fournissant des données vérifiées, des faits et des opinions portant sur ces derniers ».

Le marché hongrois de l’information est politiquement équilibré : en termes d’ordre de grandeur, les Hongrois sont aussi nombreux à s’informer dans la presse conservatrice que dans celle de la gauche libérale– apprend-on en lisant la dernière analyse de Médianéző Központ. Cette étude donne une image d’ensemble du marché hongrois de l’information, en soulignant que, depuis 2010, le nombre des organes de presse de la gauche libérale n’a jamais cessé de croître, et que les principales entreprises médiatiques de Hongrie sont profitables indépendamment de leurs rapports avec le gouvernement.

  1. Facilité d’accès

Indépendamment de leurs rapports avec le gouvernement et de leur orientation politique, les médias hongrois sont faciles d’accès pour tout locuteur du hongrois, en tout point du territoire hongrois. Le degré d’équipement de la population est élevé : 3,8 millions de ménages se partagent 3,7 millions d’abonnements télévisuels ; quant au nombre d’abonnements à Internet, il dépasse même la population du pays : 91% des adultes disposent d’un téléphone mobile, et 73% d’entre eux l’utilisent aussi pour surfer sur Internet – peut-on lire dans cette étude de Médianéző Központ consacrée à l’examen de la situation des médias en Hongrie. On y apprend qu’en Hongrie, l’accès à toutes les sources d’informations est garanti à un très grand nombre :89,2% des plus de 18 ans regardent la télévision, 75,4% utilisent Internet, 50,7%écoutent la radio et 27,1%lisent encore la presse écrite. En outre, 66,6% de la population adulte dispose d’un compte sur Facebook, qui est le réseau social le plus populaire du pays. Parmi les hongrois sondés par l’institut Kutatópont Műhely, près des trois quarts (74%) consomment des informations transmises par les réseaux sociaux au moins une fois par semaine, tandis que 47% en consomment quotidiennement, et qu’elles constituent la source d’information première de 16% d’entre eux.

  1. Équilibre

Médianéző Központ a aussi examiné l’état du rapport de force politique dans l’arène médiatique. Il appert que 95% des adultes hongrois (soit 7,7 millions de personnes) sont des consommateurs médiatiques réguliers, avec un degré de confiance faite aux médias qui correspond à la moyenne de l’Union européenne. Le marché médiatique hongrois est équilibré : en termes d’ordre de grandeur, les Hongrois sont aussi nombreux à s’informer dans la presse conservatrice que dans celle de la gauche libérale– ceux-là sont 84% (soit 6,8 millions), ceux-ci, 83% (soit 6,7 millions). Le nombre de ceux qui puisent leurs informations dans des médias des deux bords est de presque six millions de personnes, ce qui signifie qu’il existe une part d’au moins 75% de l’électorat dont on peut être certain qu’elle est potentiellement à l’écoute des points de vue des deux bords.

  1. Propriétaires hongrois

La décennie écoulée a été celle d’un tournant important sur le marché médiatique hongrois – à la fois sur sa gauche et sur sa droite. A la chute du communisme, on avait vu apparaître en Hongrie de nombreux investisseurs étrangers bien capitalisés et spécialisés dans le secteur médiatique : les allemands Axel Springer et Bertelsmann, avec le suisse Ringier, ont ensuite dominé le marché pendant deux décennies ;encore aujourd’hui, dans le domaine de la presse de boulevard, le quotidien le plus vendu de Hongrie, Blikk, est détenu par Ringier et Axel Springer – écrit Médianéző Központ. En 2014, les parts de Sanomaont été rachetées par le groupe Centrál, détenu par le milliardaire hongrois Zoltán Varga, à qui d’aucuns supposent des liens avec la gauche libérale. Ce même groupe médiatique Centráldétient aussi l’un des plus grands portails électroniques de gauche libérale, atteignant des millions d’internautes : 24.hu, mais aussi le magazine hebdomadaire de politique et d’économie HVG, présent à la fois sur le marché de la presse écrite et sur celui de la presse en ligne, et dont la part de marché est considérable. C’est toujours après 2014 que des capitaux hongrois ont fait l’acquisition d’un des acteurs-clé du marché médiatique hongrois : Mediaworks Hungary Zrt, dont le portefeuille inclut des quotidiens régionaux, des revues économiques spécialisées, des magazines de mode, des titres de type lifestyle et de la presse de boulevard, ainsi que divers quotidiens politiques et portails Internet nationaux, comme Világgazdaság, Magyar Nemzet ou encore Mandiner. En 2015, l’un des portails électroniques les plus importants en langue hongroise, Origó.hu, est lui aussi passé aux mains du capital hongrois, lorsque la société Magyar Telekom, majoritairement détenue par l’allemand Deutsche Telekom, l’a vendu à la société hongroise New Wave Media Kft. Comme le montre Médianéző Központ dans son analyse, sur le marché des chaînes de télévision commerciales hongroises, la présence du capital étranger est importante : c’est le groupe RTL qui contrôle RTL Klub, chaîne qui diffuse l’émission d’actualités la plus suivie du pays, ainsi que plusieurs chaînes du câble. Le capital hongrois est néanmoins présent lui aussi, détenant notamment le groupe TV2, dont la chaîne TV2, seconde chaîne du pays, et principal concurrent de RTL Klub. Sur le marché des médias ayant une influence politique déterminante,du point de vue du nombre de titres,la part du capital hongrois– nous révèle cette même étude– s’élève aujourd’hui à 95%.

  1. Expansion du côté de la gauche libérale

L’une des caractéristiques fondamentales du très pluriel monde médiatique hongrois est que, du fait de la souplesse du cadre réglementaire, la création de nouveaux médias est facile et rapide, ce qui explique qu’il est assez fréquent que de nouveaux produits apparaissent sur le marché médiatique hongrois. D’où, à en croire Médianéző Központ, un phénomène digne d’attention : depuis 2010, le nombre des organes de presse de la gauche libérale croît en permanence, passant en 2020 de 33 à 48 – ce qui représente une augmentation de 45%. La législation hongroise adoptée en 2010prescrit, en vue de fonder un nouveau média, des conditions minimales, très faciles à remplir : en pratique, tout ce que les fondateurs potentiels d’un nouveau média ont à faire est de le déclarer.

  1. Potentiellement profitables

On peut affirmer que les principales entreprises médiatiques de Hongrie – indépendamment de leurs rapports avec le gouvernement – sont profitables. Dans leur portefeuille, outre des titres à contenu politique, on trouve souvent des titres thématiques et de la presse de boulevard, qui d’une part touchent un public plus large, et sont, d’autre part, en mesure d’établir un système de fonctionnement plus stable ; il n’est d’ailleurs pas rare de voir ces portefeuilles complétés aussi par l’édition de livres ou la prestation de services en ligne. Seule la société Magyar Jeti Zrt, en possession de laquelle se trouve le portail électronique de gauche libérale 444.hu, reste, année après année, incapable de trouver un modèle d’affaires durable – chose qu’il serait difficile d’expliquer par ses rapports (d’hostilité) avec le gouvernement hongrois actuel, et qui semble bien plutôt tenir à l’incompétence de la direction, incapable de choisir un modèle de fonctionnement adapté au marché.

  1. Librement et sans tabous

Dans sa Constitution comme dans ses lois, la Hongrie garantit la liberté de la presse et la liberté d’opinion, et le marché hongrois de la presse fait amplement usage de ces libertés, allant même jusqu’à léser au passage les droits d’individus et de communautés – souligne l’étude du Médianéző Központ. Les professionnels de la presse et ceux à qui ils donnent la parole ont en effet une tendance marquée à produire des contenus qui offensent la dignité humaine, les convictions religieuses de communautés entières, et n’hésitent même pas à appeler à renverser par la force le pouvoir en place. L’hebdomadaire de gauche libérale Magyar Narancs, sur sa page de couverture, a représenté Viktor Orbán avec des moustaches à la Hitler, tandis que le quotidien Népszava a publié des caricatures de Jésus Christ ; quant au portail électronique de néo-gauche Mérce, il a publié des articles appelant à l’action révolutionnaire. Parallèlement, la personne et les activités de George Soros fournissent la cible favorite des critiques de la presse conservatrice.

  1. Une solide indépendance

Dans de nombreux États membres de l’Union européenne, les autorités en charge des médias sont subordonnées aux gouvernements, fonctionnant même souvent carrément au sein de tel ou tel ministère ; au contraire, l’Autorité Hongroise des Médias et de l’Information (Nemzeti Média- és Hírközlési Hatóság), au sein de laquelle fonctionne le Conseil des Médias (Médiatanács), dispose non seulement de recettes propres, mais n’est soumise qu’à une seule loi, constituant une clé de voute de la démocratie hongroise, et que seule une majorité des deux tiers du Parlement est susceptible de modifier. Même en prenant pour base de comparaison les pratiques observées dans de nombreux États membres de l’Union, la pratique hongroise est particulièrement rigoureuse dans la séparation qu’elle institue entre l’exécutif et l’institution chargée du contrôle des médias.

  1. Des sanctions sévères

Etudiant les décisions du Conseil des Médias de l’Autorité Hongroise des Médias et de l’Information, Médianéző Központ est arrivé à la conclusion univoque que cette autorité punit plus fréquemment et plus sévèrement les médias conservateurs que ceux de la gauche libérale. De 2012 à 2020, plus des deux tiers des sanctions prononcées par cette autorité indépendante ont frappé des titres de droite, tandis que moins d’un tiers ont concerné des titres liés à la gauche libérale ; 66% des amendes infligées – pour un montant total de 357 millions de forints [un peu moins d’un million d’euros]– ont été payées par les conservateurs, tandis que les titres de la gauche libérale n’ont eu à payer que 183 millions de forints [un peu plus d’un demi-million d’euros] – ne représentant que 34% des amendes.

  1. Information du public par le gouvernement

Le gouvernement informe le public de son action sous la forme de conférences de presse intitulées Kormányinfó, organisées après chaque réunion du gouvernement (suivant, donc, une fréquence à peu près hebdomadaire), et au cours desquelles le ministre en charge du cabinet du Premier ministre, ainsi que le porte-parole du gouvernement, répondent en commun aux questions de la presse : les représentants des divers titres de presse, conservateurs comme de gauche libérale, y posent librement leurs questions. Dans son étude, Médianéző Központ souligne par ailleurs que, même à ne considérer que les régimes parlementaires, il est rare que les représentants du peuple aient, comme en Hongrie lors de séances de questions directes de la session parlementaire, la possibilité d’adresser directement leurs questions au chef de l’exécutif, sur tout sujet, sans avoir à soumettre préalablement le texte de leurs questions, et que le Premier ministre soit tenu de répondre à chacune de ces questions.

  1. Partialité contre partialité

Dans toute l’Europe et dans le monde entier, les médias du service public sont constamment accusés de partialité en faveur des gouvernements en place. En Hongrie, deux types de titres de presse fonctionnent sur deniers publics : les médias du service public et les bulletins municipaux. Médianéző Központ relève que, alors même que l’attention des observateurs se porte en général avant tout sur les médias du service public, au terme des élections municipales de 2019, de nombreuses municipalités hongroises ont passé (ou sont restées) sous le contrôle de l’opposition : la mairie générale de la capitale et celle de la plupart des arrondissements de Budapest, ainsi que 10 des 23 grandes villes hongroises ; dans la plupart des cas, la transition a impliqué la nomination d’un nouveau rédacteur en chef du bulletin municipal, si bien que, dans ces villes contrôlées par l’opposition, des titres de presse municipaux, financés sur deniers publics, ont commencé à relayer des messages convoyant les valeurs de la gauche libérale et en servant les intérêts.