Situation politique au Monténégro (1/2)

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Situation politique au Monténégro (1/2), par Miloš Milojević.

Cet article a été écrit quelques jours avant les élections qui ont eu lieu le dimanche 16 Octobre, et la deuxième partie de l’article commentera les résultats de l’élection.


Le samedi 8 octobre, l’influent quotidien de Belgrade, Politika, a publié un long entretien avec le premier ministre du Monténégro, Milo Đukanović. Une raison pour cette entretien sont les prochaines élections législatives. Elles se tiendront le dimanche 16 octobre et ont attiré l’attention d’un public beaucoup plus important que les événements politiques précédents dans ce pays. L’existence et les activités des partis d’opposition sûrs d’eux-mêmes peuvent expliquer cet enthousiasme du public.

Đukanović est une figure incontournable de la vie politique du Monténégro. Durant les vingt-cinq dernières années, il remplit les fonctions publiques les plus importantes et a toujours été à la tête du gouvernement. Sa longue carrière est marquée par son changement fréquent d’opinions politiques, ainsi que des scandales financiers, des liens supposés avec des activités criminelles internationales dans l’Europe du Sud-Est et le rôle spécifique du Monténégro dans la politique régionale de puissances internationales comme les USA, l’OTAN et l’UE. Il est difficile de prévoir les résultats des prochaines élections et les médias ont annoncé que nous pouvons nous attendre à des élections parlementaires des plus incertaines. Au moins depuis le référendum d’indépendance datant de 2006. Cela a marqué la fin de la dernière incarnation de l’Etat union entre la Serbie-et-Monténégro.

Le référendum précité est largement considéré comme le point culminant de la carrière politique de Đukanović. Jusqu’à ce que cet événement, la dernière relique de la Yougoslavie socialiste, la République fédérale de Yougoslavie, a survécu à la dissolution sanglante de l’Etat yougoslave. La principale raison de ce cours des événements a été le positionnement similaire des élites politiques à Belgrade et à Podgorica. Le leader du Monténégro en ces temps de turbulence était Momir Bulatovic, un proche collaborateur du président serbe Slobodan Milošević et mentor politique de Milo Đukanović. Quelques années après l’établissement de cette union elle entra dans une sorte de paralysie institutionnelle. Même s’il a fait quelques apparitions publiques farouchement nationalistes dans le début des années 90, Đukanović a très bien compris qu’une trop forte pression contre la RFY pouvait avoir un résultat désagréable – la fin de sa carrière politique. Il a très bien joué comme un intermédiaire des intérêts occidentaux qui, à proprement parler, visaient l’affaiblissement du régime de Milošević à tout prix. Même si cet objectif nécessitait une collaboration avec quelques personnalités problématiques. Đukanović a rapidement changé ses opinions politiques et est devenu un allié informel des puissances occidentales dans l’État commun yougoslave. Comme on peut l’imaginer, un tel état était principalement non-fonctionnel et doté d’un petit nombre d’institutions communes au Monténégro et à la Serbie.

L’attitude bienveillante des puissances occidentales est au cœur de la politique du Đukanović. En fait, en ces jours pré-électoraux, il s’agit même d’une des rares ressources sur lesquelles il peut incontestablement compter. Car malgré son règne de vingt-cinq années, le Monténégro n’a connu aucun changement social ou économique majeur. Le pays dépend fortement des capitaux étrangers dans le tourisme et des ressources industrielles clés ont été perdues pendant la transition post-communiste. Cependant, l’une des rares réalisations du gouvernement de Đukanović – qui sans conteste survivra à sa carrière politique – est le renforcement du nationalisme monténégrin. Le Monténégro avait une longue tradition d’Etat, mais cela a été largement vu au sein des Serbes comme un simple second état serbe moderne (l’autre étant la Principauté, plus tard Royaume, de Serbie). Une opinion largement répandue parmi les Serbes avance que la politique de diversification, comprendre séparation, entre les nations serbe et monténégrine faisait partie de l’ordre du jour communiste après la Seconde Guerre mondiale. Cependant ce processus a connu son apogée au cours de la fin des années 90 et du début des années 2000 quand Đukanović était de leader politique au Monténégro.

Ceci est la raison pour laquelle la question nationale est importante dans cette élection. Les thèmes cruciaux du référendum pour l’indépendance sont à nouveau au goût du jour. Đukanović n’hésite pas à qualifier ses adversaires politiques de traîtres, de traditionnels perdants et de marionnettes russes. Dans le même temps, la coalition du Front démocratique et son chef Andrija Mandić ont annoncé que le Monténégro reviendra sur la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo (le Monténégro a reconnu la République du Kosovo le 9 octobre 2008, environ six mois après que le Kosovo a déclaré son indépendance) et qu’ils tiendront un référendum sur l’intégration du Monténégro dans l’OTAN. Mandić a très bien choisi ses thèmes – les deux questions sont très importantes pour la plupart des électeurs de nationalité serbe. Il est bien connu que la plupart des Serbes au Monténégro sont contre le régime de Đukanović. Selon les recherches de l’ONG serbe Progressive Club de Belgrade, les droits des nationaux Serbes au Monténégro sont dans une situation très problématique. Les Serbes qui sont environ 30% de la population sont sous-représentées dans les services publics, il y a des problèmes avec l’éducation en langue serbe et le soutien de l’Etat pour les organisations et les projets nationaux serbes. Dans tous ces domaines, la situation au Monténégro est loin des normes européennes dans ce domaine.

Quelle est cependant la raison de l’optimisme parmi les électeurs et les dirigeants de l’opposition, malgré le petit avantage du parti de Đukanović ? C’est tout d’abord le fait que le parti de Đukanović participera à l’élection sans coalition avec les autres partis. Sans le soutien d’autres partis, différentes combinaisons sont possibles après l’élection, même si l’opposition n’a toujours pas la majorité des sièges. Le Front démocratique apparaît très confiant, sa campagne est très créative et techniquement sophistiquée. La manifestation de l’année dernière qui a duré plusieurs jours a montré que le régime n’est pas tout-puissant et que la protestation organisée des citoyens peut sérieusement l’ébranler.

Le Monténégro est à quelques pas de l’adhésion à l’OTAN. Dix pays, membres de cette alliance, ont ratifié déjà le protocole d’adhésion. Il est très probable que d’autres membres le feront bientôt également. Vraisemblablement, au siège de l’Alliance comme dans les milieux diplomatiques américains la situation au Monténégro et les développements qui s’y trouvent sont considérés comme allant dans la bonne direction et qu’ainsi leur avance stratégique dans ce pays est certaine. Peut-être que certains dirigeants occidentaux pensent que tout changement politique dans le pays est éphémère et sans influence pour son orientation stratégique. En parallèle, il est très difficile de savoir si nous devrions envisager la montée de l’opposition comme signe de l’influence croissante de la Russie au Monténégro et du renouveau de la politique russe dans la région des Balkans. Est-ce que la Russie essaie de contrebalancer l’influence occidentale et finalement retrouver sa position dans un pays qui était un allié traditionnel russe? Si nous pouvons parler d’une certaine politique russe cohérente dans les Balkans russes, il s’agit toutefois la plupart du temps d’une série de réactions défensives et de mouvements intuitifs et il est très probable qu’il soit abstrait de parler d’une véritable stratégie clairement établie.

Un éventuel changement politique au Monténégro serait en tout cas vu par les fonctionnaires russes comme un développement bénéfique. Cependant, si l’on tient compte de la forte implantation des puissances occidentales dans d’autres Etats de la région – y compris la Serbie – il faut se demander si un changement de gouvernement à Podgorica aurait une quelconque influence à plus grande échelle. Les relations entre Milo Đukanović et le premier ministre serbe, Aleksandar Vucić sont très bonnes et il est raisonnable d’attendre un changement entre Belgrade et Podgorica si Đukanović perd le pouvoir.

En toute objectivité, nous pouvons affirmer sans doute aucun que le Monténégro attend la nuit post-électorale la plus incertaine au cours des dix dernières années. Le chef de ce pays qui a gouverné depuis la transition post-communiste a des raisons d’être nerveux. L’enjeu dépasse les intérêts locaux.

Fin de la partie 1/2.
Traduit de l’anglais par le Visegrád Post.