Solution finale de la question macédonienne?

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Par le Dr. Harald W. Kotschy, ancien ambassadeur d’Autriche en Macédoine.

Les vues exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du Visegrád Post.

Macédoine – “La minorité albanaise de 15% tient la République de Macédoine en otage”

Fiction :

Carinthie 2017 : La petite minorité slovène exige que le slovène soit la deuxième langue officielle et la langue de tous les jours et, par conséquent, demande également des panneaux d’agglomération et des noms de rue bilingues dans toute la province. Le propriétaire de l’auberge locale à Mallnitz est obligé de parler avec son client de Globasnitz en slovène, ou fait face à une peine draconienne. Le nom de la province et son hymne doivent devenir bilingues et le drapeau de la province contenir un symbole slovène. Depuis des années, dans les rues et sur les édifices publics et privés de la zone mixte, le drapeau rouge-blanc-rouge (autrichien) n’a plus été hissé aux fêtes, seul le drapeau national slovène flotte au vent. 50% des fonctionnaires, des forces de police et du personnel militaire doivent être recrutés dans la communauté slovène.

Absurde? Non, car c’est exactement la même situation qu’on peut observer aujourd’hui, mutatis mutandis (il suffit de remplacer « slovène » par « albanais »), à seulement 1.000 km de Vienne. En République de Macédoine.

Rassemblements de masse pour une Macédoine indivisée

Les États-Unis et leurs sbires à Bruxelles, ainsi que l’OTAN et l’OSCE interviennent depuis deux décennies dans les affaires intérieures de cet État souverain – localement par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs ou directement de leurs capitales – et peuvent donc être qualifiés pour ainsi dire de « quasi-gouverneurs » de l’État. Alimentée par ces interférences, la crise politique de longue date dans la République balkanique de Macédoine approche un point culminant et risque de dégénérer chaque minute en de violents affrontements. Par exemple, lorsque son Parlement est convoqué de manière illégale – comme prévu depuis l’étranger – afin d’utiliser de nouveaux rapports de majorité pour élire un gouvernement sans la participation du Président de l’État, c’est-à-dire d’une manière inconstitutionnelle. Alors, le fusible saute.

Sur la base des résultats des élections anticipées de décembre 2016, ces conseillers de l’ombre venus de l’étranger veulent forcer le Président de la Macédoine à nommer une coalition gouvernementale composée du parti social-démocrate macédonien et de toutes les partis albanais. Ce serait un pas décisif vers la division du pays multiethnique sur la base des frontières linguistiques.

Depuis trois semaines, jusqu’à 150.000 personnes de toutes les couches sociales et de tous les groupes ethniques qui vivent dans ce pays – à l’exception des Albanais – ont manifesté chaque jour dans toutes les grandes villes et villages pour une République de Macédoine indivisée, indépendamment de leur conviction politique. Aujourd’hui (21 mars 2017), plus de 50.000 personnes étaient dans les rues de Skopje seulement, capitale de la Macédoine. Ces manifestations ont été pacifiques. Contrairement aux manifestations de hooligans de l’année précédente lancées par le réseau Soros qui ont laissé des dégâts sur des bâtiments publics visibles jusqu’à ce jour.

Cette initiative, lancée par un comité non partisan de citoyens, d’artistes et d’intellectuels, est tout simplement ignorée par les grands médias internationaux ou leurs rapports taisent les faits véritables.

Un recensement à la « village Potemkine » – informations falsifiées sur la taille de la minorité albanaise

La population d’environ 2,2 millions de personnes dans le petit pays au centre de la péninsule balkanique comprend, outre les 64% de Macédoniens de souche (nation titulaire de l’État), plus d’une demi-douzaine de groupes ethniques. Le paysage politique est organisé selon des critères ethniques.

La plus grande minorité sont les Albanais qui sont presque exclusivement musulmans et dont la zone d’implantation prédominante est relativement clairement définie dans le nord-ouest de la Macédoine le long de la frontière avec l’Albanie et le Kosovo. Au cours des siècles, ils se sont infiltrés à travers les montagnes de la région Adriatique. Leur plus grand afflux a eu lieu après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque de nombreux Albanais du Kosovo et du Sud de la Serbie se sont déplacés vers la République yougoslave de Macédoine, plus libérale.

Cependant, aujourd’hui, la part de la communauté albanaise est controversé. Les chiffres officiels parlent 25% de la population nationale, mais le recensement de 2002 sur lequel ce chiffre est basé a vraisemblablement connu des irrégularités. Premièrement, il s’agissait d’un recensement à la « village Potemkine » : des observateurs internationaux avaient alors rapporté que des villages connus pour être abandonnés depuis des années étaient subitement remplis de vie, des Albanais du Kosovo passant massivement la frontière verte, se déplaçant de village en village et jouant un rôle d’une « population locale ». En outre, la publication des résultats du recensement a été retardée pendant des années, ce qui suggère des manipulations supplémentaires des chiffres. Depuis 2012, les politiciens albanais (avec le soutien des « quasi-gouverneurs ») ont résisté avec succès à un nouveau recensement pour la simple raison qu’un résultat correctement déterminé pourrait montrer que la minorité albanaise n’atteint pas le quorum nécessaire pour jouir des privilèges auxquels seulement une minorité de 20% de la population a droit. Le nombre de résidents albanophones est probablement à peine supérieur à 15% -16%, comme on peut le constater en extrapolant les chiffres figurant dans les documents pertinents des autorités de l’assurance sociale et des passeports.

Le chauvinisme albanais, levain biblique dans le pays

La Macédoine est un « pays de ligne de fracture » classique entre deux civilisations, au sens de la thèse de Huntington établie dans son livre « Le Choc des civilisations », c’est-à-dire les civilisations chrétiennes/macédonienne et les civilisations islamiques/albanaise. L’importance du facteur religieux peut être mesurée par le fait que les quelques Albanais qui sont intégrés dans la société majoritaire viennent presque exclusivement de l’environnement catholique ou athée (ex-communiste).

Pratiquement tous les autres membres de la minorité albanaise en Macédoine estiment qu’ils sont doublement (car non slaves et musulmans) étrangers à l’État et vivent dans des sociétés parallèles. Ils considèrent leur identité ethnique et nationale comme albanaise, se considèrent comme faisant partie de la nation albanaise et s’efforcent de faire partie de l’un des deux « pays mères » (Albanie et Kosovo).

Par cette attitude, ils empêchent la Macédoine de continuer à se développer en paix. Immédiatement après la création de l’État de Macédoine en 1991, des extrémistes albanais ont tenté une sécession territoriale des zones albanaises de Macédoine. Depuis lors, tous les partis albanais ont lutté pour un État binational dans lequel les Albanais seraient assimilés à la nation titulaire de l’État, à savoir les Macédoniens ethniques. Cependant, ceci n’est considéré que comme un objectif intermédiaire jusqu’à ce que la sécession finale de la République de Macédoine puisse être atteinte. L’étendue de leur fidélité à l’État macédonien s’illustre par le fait que dans toute la région albanophone, aucun drapeau macédonien n’est hissé sur les bâtiments officiels, dans les rues ou dans les lieux publics. Pendant 20 ans, seul le drapeau national albanais a été monté, et ce tout à fait légalement, puisque les Albanais soutiennent que c’est leur emblème ethnique.

Une des séquelles de la guerre du Kosovo, ce sont les combattants kosovars originaires de Macédoine qui ont infiltré la Macédoine avec le consentement silencieux du contingent militaire américain-OTAN, afin de « se tirer eux-mêmes dans la coalition gouvernementale ». Faisant partie de l’ « Armée de libération nationale des Albanais » (UCK), ils ont amené la plupart des territoires le long de la frontière du Kosovo sous leur contrôle militaire. L’Occident a empêché le gouvernement légitime de la Macédoine de mettre un terme à cette violence organisée en déployant des forces de sécurité. Il a plutôt contraint le gouvernement à signer le prétendu « accord-cadre d’Ohrid », pré-formulé par les « quasi-gouverneurs ». Cela a permis aux terroristes albanais de participer au gouvernement macédonien sous la couverture d’un parti politique appelé DUI (qui n’était rien de plus qu’une simple permutation de l’UCK), alors qu’en retour, l’UCK s’est déclaré prêt pour le désarmement, mais a seulement abandonné son ancien arsenal d’armes dignes d’un musée.

Le principe fondamental de ce « règlement de paix » était le maintien d’un État unitaire macédonien doté d’une forte composante multiethnique. Un système de proportionnalité ethnique en faveur de toutes les minorités a été introduit. Toutefois, seule la minorité albanaise a véritablement bénéficié de cet accord. Désormais, chaque langue minoritaire a été approuvée comme deuxième langue officielle dans les communautés où l’ethnie concernée a une part de la population de plus de 20%. La conséquence logique fut une déferlante de modifications des limites municipales sur la base de critères ethniques afin de fournir artificiellement à la minorité albanaise les forces nécessaires dans la capitale de Skopje et les principales villes de la Macédoine occidentale. Cela a encore favorisé les conflits interethniques en Macédoine – y compris dans la vie quotidienne – et continue à ce jour d’attiser les tensions.

La « Plateforme de Tirana »

Qu’est-ce qui rend les âmes de la majorité effervescentes, non seulement celles des macédoniens ethniques, mais aussi celles des autres petites minorités ? C’est précisément le fait que les États-Unis, mais aussi la naïve UE de gauche, ont empêché que, après les élections législatives de 2016, la coalition gouvernementale entre le principal parti macédonien et le principal parti albanais soit poursuivie. Ils considèrent Zoran Zaev, le leader du Parti social-démocrate de Macédoine (SDSM) comme le sauveur pour surmonter le prétendu nationalisme du pays. Zaev est un homme politique très estimé par l’Occident. Malgré le fait qu’il a reçu – lors une procédure pénale – le pardon du Président de la République, ou que, sur la base de photographies, il apparaissait – bien sûr complètement à tort – lié à la Mafia albanaise.

Mais cet homme est conduit par un seul motif – sa cupidité pour ramener son parti à l’auge du pouvoir après plus de 10 ans, pour laquelle il est même prêt à « vendre son âme au diable ». Avec la participation active des « quasi-gouverneurs », il a travaillé sur un accord de coalition avec tous les partis ethniques albanais afin de parvenir à une majorité parlementaire. Comme il est habituel depuis l’indépendance du pays d’impliquer au moins un parti albanais dans la coalition gouvernementale, les Albanais sont déterminants quand il s’agit de constituer une nouvelle formation gouvernementale.

Cette « plateforme » est un catalogue de revendications qui a été adopté en décembre 2016 à Tirana lors d’une réunion de tous les partis albanais de Macédoine sous la présidence du premier ministre albanais Edi Rama. Le document vise à surmonter le statut de la minorité albanaise en vue d’une pleine égalité avec la majorité ethnique de la population macédonienne en tant que nation constitutionnelle. Cela est prouvé en lisant entre les lignes. La demande principale est d’utiliser la langue albanaise comme langue officielle et quotidienne dans les affaires courantes de tout le pays, y compris dans les régions où ne vit pas un seul albanais. Le projet vise également d’avoir des inscriptions topographiques bilingues ainsi qu’un changement correspondant des symboles d’État (nom de l’État, drapeau national et hymne national). Tous les postes au sein du gouvernement et des autorités de l’État, y compris la police, du pouvoir judiciaire et de l’armée, ainsi que dans les entreprises publiques et les institutions doivent être répartis également (probablement 50/50) entre les deux nations de l’État. Les frontières avec l’Albanie et le Kosovo doivent rester ouvertes. Et bien sûr, il existe aussi un désir d’intégration rapide dans l’OTAN et dans l’UE.

En terme de contenu, la plateforme de Tirana signifie la création d’un État binational. Il s’agit d’une révocation de l’accord-cadre d’Ohrid par la partie albanaise-ethnique, accord qui en 2001 avait été salué par la « communauté internationale » comme « une paix durable, après une lutte juste pour les droits des minorités ».

Le président macédonien considère que cet accord de coalition est dirigé contre la souveraineté et l’indépendance de la République de Macédoine et constitue donc une violation flagrante de la Constitution. Bien qu’il ait été massivement critiqué par les quasi-gouverneurs, il a jusqu’à présent refusé avec succès de confier au président de la SDSM M. Zaev la formation d’un gouvernement. Le Parlement a interrompu sa session constitutive après les législatives sans l’élection d’un Président du Parlement. Afin d’apaiser la situation, le premier ministre intérimaire Gruevski a accepté, au nom du parti macédonien ethnique majoritaire VMRO-DPMNE, de soutenir un gouvernement minoritaire du SDSM dès que Zaev se dissociera de la « Plateforme de Tirana ». Cette offre a été rejetée.

Double standard de l’UE

Il faut être conscient du double standard appliquée par l’UE : ici, dans les Balkans, on se réjouit et on encourage qu’un chef de gouvernement étranger ait une influence décisive sur la politique intérieure d’un pays voisin. Les politiciens turcs font campagne électorale parmi leur propre diaspora. Le Commissaire européen Johannes Hahn (Politique européenne de voisinage et négociations sur l’élargissement), qui s’est invité à s’entretenir le 21 mars 2017 avec les autorités de Skopje, témoigne de son attitude démocratique en refusant de parler aux représentants du mouvement populaire. En réaction, le Président de l’État Ivanov a fait savoir à Hahn qu’il n’était pas en mesure de lui proposer un rendez-vous. Alors que 50.000 manifestants ont dit à l’émissaire de l’UE de « rentrer à la maison » (ou dans le langage populaire, d’aller « se perdre »), car « personne n’a besoin ici ni de lui ni de l’UE ».

Et revoilà encore George Soros

Le jargon multiculturel, mélodieux, du document d’action, suggère que les véritables auteurs de la plateforme se trouvent dans l’un des ateliers de propagande du réseau Soros, sinon directement à Washington. Après tout, quelques jours auparavant, le directeur de la CIA, John Brennan, a eu des entretiens à Tirana sur la « lutte contre le terrorisme » ainsi que sur d’autres questions bilatérales et internationales. Pure coïncidence?

Comme on le sait, George Soros, spéculateur boursier et milliardaire originaire de Hongrie, opère à l’échelle mondiale son « Open Society Network » avec son propre argent ou comme point d’appui d’autres sources d’argent (USAID par exemple), dans le but d’ancrer fermement les idées « libérales et démocratiques » (en fait, de gauche) dans les gouvernements et la société civile dans les pays en développement et de les orienter vers la mondialisation et un futur gouvernement mondial ploutocratique.

L’objectif principal : la division de la Macédoine et la création d’une Grande Albanie

Il est clair pour les observateurs objectifs du pays que les nobles paroles de la plateforme de Tirana ne décrivent pas le but final, mais ne sont bien qu’une étape intermédiaire – avec une fédération de l’État comme étape suivante – vers la sécession des territoires habités par des Albanais et leur fusion avec le Kosovo et / ou l’Albanie. Cependant, on ne sait pas ce que serait la « zone albanaise » après l’introduction du bilinguisme dans toute la Macédoine. À chaque endroit où l’on trouve un panneau bilingue ? Cette énorme revendication territoriale pourrait être soulignée par l’affirmation récente d’un « génocide du peuple albanais au cours des 100 dernières années » : en utilisant cette hypothèse, on peut soutenir que, sans ce « génocide », les Albanais seraient aujourd’hui la majorité même dans des régions ethniquement pures macédoniennes.

La population majoritaire se bat pour son État, mais la ligne rouge a été franchie

Une chose est claire : une Macédoine tronquée ne serait pas capable de survivre et serait à la merci de l’appétit des pays voisins. La Bulgarie, qui est ethniquement apparentée, est en première position : en accordant généreusement la citoyenneté à environ 100.000 habitants de la Macédoine de l’Est au cours des deux dernières décennies, Sofia a « créé » des citoyens bulgares dans le pays voisin, en vue de potentielles demandes territoriales.

C’est pourquoi les habitants non albanais de la Macédoine sortent dans les rues. Parmi eux, de nombreux électeurs sociaux-démocrates qui se sentent trahis – le président du parti n’a-t-il pas nié vivement pendant la campagne électorale qu’il inclurait la mise en œuvre des revendications maximales albanaises dans son programme gouvernemental ? Ils savent bien que la plateforme de Tirana, après avoir été mise en œuvre, fera que leur État national, qui n’a été gagné que par des combats acharnés en 1944, sera à nouveau dominé par d’autres comme ils l’a été depuis 500 ans sous le joug turc, puis dans l’entre-deux-guerres (Royaume de Yougoslavie). Beaucoup, hommes ou femmes, admettent ouvertement leur volonté de s’engager dans une lutte armée pour la liberté, du fait que l’adoption de la « plateforme de Tirana » a franchi la ligne rouge.

Les membres des autres minorités du pays voient l’exemple du Kosovo, où la population non albanaise a été expulsée en continu depuis 1999 ou doit être protégée par l’OTAN ad vitam aeternam – une preuve importante de la façon dont les Albanais respectent les droits humains des autres minorités ethniques.

Changement gouvernemental par une campagne de déstabilisation et élections avec un soutien étranger massif

Le gouvernement conservateur, qui est en fonction depuis 2006, a longtemps été une épine dans le pied des « quasi-gouverneurs » le premier ministre Gruevski n’ayant pas respecté leurs recommandations (par exemple, la non-participation à l’embargo contre la Russie, l’attitude positive à l’égard du projet de gazoduc « Turkish Stream », la non-acceptation des « valeurs européennes » incontournables telles que l’introduction de formes familiales et de modes de vie « non traditionnels »). Le rôle prépondérant de la Macédoine dans la fermeture de la route balkanique pour les migrants au début de 2016 ne peut être apprécié par les élites de Bruxelles, car la Macédoine menace les efforts de l’Union européenne pour atteindre le seuil d’immigration souhaitée de 70 millions d’individus culturellement étrangers, d’Afrique et d’Asie, au cours des 20 prochaines années. Dimitris Avramopoulos, commissaire européen chargé de la migration, a rappelé cet objectif au début du mois de décembre 2015 lors d’une réunion du Comité des régions de l’UE (CdR). C’est dès 2008 que les médias d’enquête ont découvert que l’UE envisageait d’établir des centres de travail dans certains pays africains afin de recruter 50 millions de travailleurs migrants noirs africains au cours des prochaines décennies.

La Macédoine n’a pas non plus cédé à l’extorsion grecque demandant un changement de nom de l’État, ce qui a conduit à un veto de la Grèce sur l’adhésion du pays à l’OTAN. Cela empêche un renforcement de l’alliance défensive occidentale sur son flanc sud.

Pour cette raison, les États-Unis et l’UE ont essayé pendant longtemps de secouer le gouvernement macédonien, assez performant. En mai 2015, dans la ville de Kumanovo près de la frontière serbo-kosovare, plusieurs dizaines de combattants kosovars de l’UCK ont vraisemblablement préparé des attaques armées contre diverses institutions. Cependant, le coup a été découvert à temps et les terroristes ont été neutralisés par les forces de sécurité dans une action exemplaire – sans victimes civiles. De nombreux signes indiquent que cette attaque de l’UCK a été effectivement organisée par la CIA & Co afin de montrer aux gouvernements de Skopje et de Belgrade ce qui pourrait arriver dans le cas de la poursuite d’un comportement « insubordonné ». Il n’est pas peu probable que ce soient même les agents étrangers qui aient transmis aux autorités les informations pertinentes sur le coup projeté.

La même année, l’opposition de gauche a tenté – avec un soutien logistique énergique de l’Occident – de créer un scénario à la Euromaidan afin de renverser le gouvernement. Cela s’est traduit par des manifestations de masse, où des ambassadrices étrangères ont défilé en première ligne. Une tentative infructueuse, cependant. Plus tard, en avril 2016, le réseau Soros a tenté une « révolution de couleur » dans les rues, mais les masses se sont gardées d’y prendre part. Seuls les hooligans sont venus en masse, et ont été autorisés à se défouler sur les bâtiments publics.

Le « chouchou » de l’Occident sont les sociaux-démocrates (SDSM), membre respecté de la communauté socialiste internationale, qui étaient contre un État indépendant depuis le début et se sont accrochés au reste de l’ex-Yougoslavie jusqu’à ses derniers jours. Ayant toujours été habitué aux appels de l’extérieur (Belgrade) et à la mise en œuvre des intérêts des autres (CP Comité Central), ils sont de disciplinés élèves de Washington et de Bruxelles. Leur campagne électorale à l’automne de 2016 a été extrêmement professionnelle et élaborée, très probablement en tout cas beaucoup plus coûteuse que ce qui a été officiellement déclaré. Puisque le parti – depuis une dizaine d’années dans l’opposition – n’a guère eu de revenu conséquents, les fonds pour la campagne électorale ont vraisemblablement été en grande partie versés de l’étranger. Si un parti – sur une si longue période – perd à chaque élection, quel que soit son niveau, et enregistre soudain une croissance de 153.000 voix (+ 54%), cela ne s’explique pas seulement par une campagne électorale bien menée. Les analyses rudimentaires de la transition des électeurs indiquent que l’origine d’environ 70.000 voix provient de régions où traditionnellement le patron du clan (albanais) dicte la façon dont son clan doit voter. Il ne s’agissait donc que de savoir comment « convaincre » le chef du clan par quelque moyen que ce soit. Cela explique probablement pourquoi le SDSM a ralenti les élections anticipées qu’il avait demandées – leurs spion doctors (probablement étrangers) ont eu besoin de plus de temps pour lever les ressources financières nécessaires et pour coordonner leurs vagues d’attaque.

Depuis 1989, de nouveaux objectifs stratégiques américains dans les Balkans

La désintégration de la Yougoslavie a permis aux États-Unis de corriger la mauvaise décision du général Eisenhower au cours de la Seconde Guerre mondiale – le transfert de la zone des Balkans centraux à la sphère d’influence soviétique (Conférence de Téhéran, 1944). Entre-temps, une forte présence américaine dans le centre des Balkans – historiquement, une sphère d’influence russe depuis des siècles – est devenue essentielle en vue de la planification géostratégique à grande échelle de Washington cherchant à mettre en œuvre une réorganisation de l’ordre mondial dans le but d’asseoir sa suprématie en tant que seule super-puissance, ce qui se traduit par :

• Contrôle des oléoducs et gazoducs prévus de la mer Caspienne et du Moyen-Orient vers l’UE

• Contrôle des liaisons de transport entre l’UE et la mer Noire

• Contrôle des régions en crise d’Asie centrale et du Moyen-Orient

• Isolation et confinement de la Russie

Les aspirations irrédentistes de la population albanaise en ex-Yougoslavie, en particulier au Kosovo, s’accordaient avec ces objectifs américains. Le soutien des insurgés et la guerre d’agression de l’OTAN au Kosovo ne visaient pas à « protéger la minorité albanaise opprimée et pauvre contre les méchants Serbes ». Le but réel était de garantir l’éternelle reconnaissance des Albanais du Kosovo pour leur indépendance – sous la forme d’une base militaire (le Camp Bondsteel de 400 hectares).

L’ambassade des États-Unis à Skopje
En outre, la plus grande ambassade des États-Unis dans les Balkans a été érigée sur 11 hectares dans le secteur albanais de la capitale macédonienne de Skopje. L’ambassade américaine est située sur une colline stratégique et a la taille et l’apparence d’une forteresse. Avec cinq étages supérieurs et au moins six niveaux en sous-sol, elle sert très probablement de centre régional pour la CIA, de centre de logistique pour les bases militaires des Etats-Unis et de l’OTAN au Kosovo, en Bulgarie et en Roumanie, mais aussi de centre de contrôle pour couvrir les événements du Moyen-Orient et plus profondément dans la région eurasienne, et last but not least, comme l’une des infâmes prisons secrètes de la CIA.

En avril 2016, Ali Ahmeti, ex-dirigeant de l’UCK et maintenant président du DUI (le principal parti des Albanais de souche en Macédoine), a souligné l’importance stratégique de la Macédoine en réinterprétant une déclaration du chancelier allemand Bismarck : la Macédoine gouverne les Balkans, et celui qui gouverne les Balkans, gouverne l’Europe.

Condamné par l’Occident à être une poudrière

En 1991, la Macédoine a quitté pacifiquement la Fédération yougoslave et a été considérée comme un pays modèle dans les Balkans pendant une décennie, notamment en raison de ses généreux droits garantis par la Constitution. Néanmoins, le pays connaît toujours une acceptation variable par ses voisins et est devenu un jouet des intérêts de la politique étrangère des grandes puissances :

La Bulgarie reconnaît l’État de Macédoine, mais pas sa nation ni sa langue. La Serbie – et donc aussi le Patriarcat d’Istanbul – n’a pas encore accepté l’orthodoxie macédonienne qui s’était déclarée autocéphale en 1967. Et la partie ethnique albanaise essaie de secouer les fondements même de l’État.

La Grèce a imposé un embargo commercial de trois ans sur son voisin en 1993, sans aucune résistance de l’UE. Après cela, la Grèce a repris des relations diplomatiques avec la Macédoine mais n’a pas reconnu le nom d’État constitutionnel, ni l’ethnicité, la langue ou encore la culture macédonienne. Cette situation flottante, marquée par le conflit greco-macédonien portant sur le nom de l’État, a non seulement un impact négatif sur la situation politique intérieure en Macédoine, mais a aussi freiné l’adhésion de la Macédoine à l’Union européenne et à l’OTAN. Cette situation est entravée par diverses autres conditions d’adhésion, souvent changeantes et souvent inacceptables. L’accès de la Macédoine aux Nations unies et aux autres organisations internationales n’a été possible que sous le nom honteux et artificiel d’« Ancienne République yougoslave de Macédoine » (ARYM).

La guerre du Kosovo a fait le reste. L’Irredenta albanaise a été libérée de la boîte de Pandore par les États-Unis et l’OTAN. L’UE a suivi les traces des États-Unis et de l’OTAN et, comme eux, s’est avérée être un juge malhonnête dans le conflit de nationalités macédonienne-albanaise. Les acteurs internationaux n’ont pas cherché à obtenir une situation d’équilibre pour les intérêts locaux, mais ont soutenu, directement ou indirectement (par l’intermédiaire des « médiateurs internationaux » qu’ils ont employés) les revendications maximales de la partie albanaise, de sorte que leur participation n’aura pas contribué à la conciliation, mais a finalement renforcé l’antagonisme entre les deux groupes ethniques.

Nous devons nous demander si les acteurs des capitales occidentales sont en mesure d’évaluer les conséquences de leurs actions. Ou y a-t-il une intention derrière elles ? Par exemple, l’intention de créer une zone d’instabilité qui nécessiterait un « traitement chirurgical » en profondeur ?

Une condition préalable à la mise en œuvre du concept stratégique balkanique à long terme des États-Unis est la stabilité politique des « pays hôtes » qui doivent rester sous leur plein contrôle. Au Kosovo, cela a déjà été réalisé, tandis qu’en Macédoine, la majorité nationale conservatrice de la population y est toujours opposée.

Ainsi, la prochaine étape logique sera de redéfinir les frontières en créant une Grande Albanie qui s’étendrait jusqu’à la frontière bulgare, quelque soit l’emplacement de ladite frontière. Un tel État vassal ethniquement uni permettrait le stationnement des troupes américaines sur le long terme, et la forteresse américaine à Skopje serait en sécurité. De plus, le flanc sud de l’OTAN serait renforcé par une liaison continentale continue, mais surtout large, entre l’Adriatique (Albanie) et la mer Noire (Bulgarie et Roumanie), participant ainsi largement à l’isolement de la Russie. En outre, d’autres zones des Balkans seraient dé-slavisées, ce qui éliminerait le dernier obstacle pour le « couloir vert ». Le concept de ce couloir prévoit une série homogène de zones musulmanes du Moyen-Orient à la Turquie, la Bulgarie (pays des Pomaks), la Grande Albanie islamique, le Sanjak et la Bosnie, dans le but de faire progresser l’islamisation de l’Europe.

Quelles sont les raisons pour lesquelles les puissances occidentales soutiennent soudainement le révisionnisme albanais de manière aussi transparente et massive ?

La nouvelle Guerre froide, instiguée par les États-Unis jusqu’à la fin de l’administration Obama, pousse la Russie à relancer son intérêt dans les Balkans pour briser la politique d’isolement par les États-Unis et l’OTAN. L’importance croissante de l’Europe du Sud-Est dans l’expansion du projet d’intégration eurasienne est tout simplement un nouvel aspect de la politique centenaire de la Russie pour accéder à la mer Méditerranée, pour sa politique énergétique et ses intérêts stratégiques.

Le temps presse. Les élites transatlantiques encore dominées par la clique Obama-Clinton-Soros, qui se qualifient noblement de « communauté internationale », doivent donc se précipiter pour achever le projet de la Grande Albanie avant que Moscou ne puisse établir des « contre-mines » pour sauvegarder ses intérêts dans les Balkans. Le temps restant pour mettre devant le fait accompli est d’autant plus court qu’il est impossible de prévoir si un changement de paradigme se produira sous l’administration Trump ou si les prochaines élections en Europe excluront l’un ou l’autre des partenaires.

Le projet Grand-Albanais, cependant, ne menace pas seulement la Macédoine. La population albanaise dans les Balkans est répartie sur plusieurs pays. Outre les « pays mères » de l’Albanie et du Kosovo, elle est considérée comme minorité non seulement en Macédoine, mais aussi dans le sud du Monténégro (autour d’Ulcinj), dans le sud de la Serbie (vallée de Presevo) et dans le nord-ouest de la Grèce (Epire méridionale – Çamëria).

On ne peut pas exclure que de puissantes forces centrifuges soient libérées en direction de Tirana ou de Pristina, ce qui affectera également la Turquie et ses intérêts néo-ottomans dans les Balkans.

La solution finale de la question macédonienne

Lorsque les historiens commentent la « question macédonienne », ils peuvent répondre à plusieurs questions. La première « question macédonienne » a émergé à la suite du Congrès de Berlin en 1878 – le conflit entre les Grecs, les Bulgares et les Serbes à l’égard de la division de la région macédonienne après sa libération réussie de la domination turque. Cela s’est soldé par les deux guerres balkaniques de 1912 et de 1913. Outre le nouvel État du Kosovo, les limites dans la région des Balkans occidentaux définies dans le traité de paix de Bucarest (1913) sont presque inchangées jusqu’à ce jour.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a entraîné l’émergence d’un nouvelle « question macédonienne ». Les puissances de l’Axe se sont réparti la région de la Macédoine entre elles. La Bulgarie a reçu une grande partie de la région de Vardar et de la mer Égée de Macédoine, tandis que les zones albanaises de la Macédoine occidentale et du Kosovo ont été adjugées à l’Albanie annexée par l’Italie.

La troisième apparition de la « question macédonienne » a été déclenchée par l’indépendance de la République de Macédoine actuelle et est encore évidente aujourd’hui dans les conflits de voisinnage susmentionnés.

Depuis 2001, il y a aussi une sous-variante de la « question macédonienne » – le problème de la minorité chauviniste albanaise en Macédoine. Grâce à leur propre historiographie et à leur identité ethnique et nationale différente, une ligne de rupture insurmontable a été formée qui empêche la conception cohérente d’un État commun.

Avec la création de la Grande Albanie, cette variante de la « question macédonienne » sera probablement bientôt balayée.

La Macédoine abandonnée – sauf par la Russie

L’ancien ambassadeur allemand Klaus Schrameyer prédit déjà en 2005 que « les Macédoniens ethniques voient tous leurs préjugés confirmés, y compris leurs craintes justifiées, vis-à-vis des Albanais (exigences maximalistes, attitude intransigeante, etc.), qui ne sont jamais satisfaits et veulent toujours plus que ce à quoi ils ont droit. La discorde se développera et ne permettra guère une collaboration fructueuse. »

Malheureusement, ce point de vue s’est avéré être vrai, et la Macédoine sera de nouveau abandonnée par ses « amis » occidentaux, comme cela s’est produit en 2001 et d’autres fois auparavant. Seul Moscou condamne les ingérences de Bruxelles et de Washington et exige que les Macédoniens eux-mêmes décident de leur destinée – sans aucune interférence extérieure. Ce qui n’est ni plus ni moins qu’un principe de droit international qui mérite d’être dûment pris en compte par les gardiens des « valeurs européennes ».

Il y a près d’un quart de siècle, l’un des écrivains et dramaturges allemands les plus célèbres, Botho Strausz (né le 2 décembre 1944) écrivit un essai publié dans Der Spiegel qui contenait une phrase politiquement incorrecte depuis lors : « Aujourd’hui, nous ne comprenons plus que quelqu’un au Tadjikistan voit dans sa mission politique de préserver sa langue, de la même manière que nous préservons nos rivières et nos lacs. Nous ne comprenons plus qu’une nation veuille affirmer son propre code moral contre celui des autres et soit prête à apporter des sacrifices de sang pour atteindre cet objectif. C’est notre égocentrisme libérale-libertaire qui nous fait penser qu’une telle attitude est fausse et répréhensible ». Si nous remplaçons « Tadjikistan » par « Macédoine » et « code moral » par « État », nous avons l’explication à pourquoi les Macédoniens sont prêts à se battre pour leur pays.


Dr Harald W. Kotschy a été au service du Ministère autrichien des Affaires étrangères de 1973 à 2011 ; il a occupé des postes diplomatiques en Amérique du Nord et du Sud ainsi qu’en Europe, comme Chef de mission adjoint de l’Ambassade d’Autriche et Chargé d’affaires autrichien en République socialiste fédérative de Yougoslavie (1988-1992), Observateur de la CSCE au Kosovo (1993) et Ambassadeur autrichien en République de Macédoine (1997-2002).

 

3 Comments

  1. Pourquoi le V4 reconnait le Kosovo? Notamment la Hongrie, la reconnaissance du Kosovo par la Hongrie et contraire aux diverses déclarations, aspirations et politiques de Victor Orban.

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