Pologne – Norvège : début de crise diplomatique ?

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Par Olivier Bault.

Pologne/Norvège – Affaires du Barnevernet (système norvégien de protection de l’enfance) – Un consul polonais dérangeant pour les Norvégiens.

A-t-on affaire à une mesure de rétorsion après l’asile accordé à une mère norvégienne et sa fille de deux ans ? En réalité Sławomir Kowalski dérange les autorités norvégiennes depuis bien avant. Son tort, c’est de bien faire son travail de consul en soutenant les familles polonaises victimes des agissements des services sociaux norvégiens, le Barnevernet. La Norvège a huit affaires liées au Barnevernet devant la Cour européenne des droits de l’homme et en a déjà perdu une en septembre dernier. D’après le journal polonais Nasz Dziennik et les gens en contact avec Kowalski, tel le chef du syndicat Solidarnosc Norvège, un avocat, ainsi que l’organisation polonaise d’avocats et juristes Ordo Iuris et la Coalition chrétienne norvégienne (KKN), Oslo souhaite se débarrasser de ce consul dérangeant depuis au moins un an et demi. En juin dernier, les autorités norvégiennes avaient semble-t-il violé la Convention de Vienne sur les relations consulaires en bloquant physiquement, avec l’aide de la police appelée à la rescousse par les fonctionnaires du Barnevernet, l’accès du consul de Pologne à Oslo à une réunion entre ces fonctionnaires et des parents polonais convoqués après s’être vus retirer leur fils de six ans sur dénonciation de l’école de ce dernier.

Mais c’est seulement maintenant, en cette deuxième moitié du mois de janvier 2019, un peu plus d’un mois après l’annonce de l’asile accordé par Varsovie à la Norvégienne Silje Garmo et sa fille, que le gouvernement norvégien demande officiellement à la Pologne de révoquer son consul à Oslo. Lundi, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères norvégien, Ane Haavardsdatter Lunde, a même affirmé que Sławomir Kowalski était persona non grata et qu’il avait trois semaines pour quitter le pays. Pour les Norvégiens, le consul aurait tenu des propos publics incompatibles avec son rôle de diplomate. La télévision norvégienne TV2 s’est fait confirmer l’information par le ministère.

En poste à Oslo depuis cinq ans, Sławomir Kowalski a été nommé « consul de l’année » en 2016 par le ministère polonais des Affaires étrangères. Après des réactions plutôt vives en Pologne, le ministère des Affaires étrangères norvégien semble désormais hésiter. Kowalski ne ferait pas l’objet d’une demande d’expulsion et ce serait à la partie polonaise de décider en dernier ressort si elle souhaite ou non tenir compte du souhait du gouvernement norvégien.

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a laissé entendre que la Pologne refuserait de changer son consul, puisqu’il a affirmé : « Nous défendrons toujours les citoyens polonais dans le monde entier. C’est le rôle des citoyens polonais et des consuls de Pologne, et nous ne changerons pas d’avis là-dessus. » Quant au ministère polonais des Affaires étrangères, il a déclaré avoir une très bonne opinion de la manière dont son consul à Oslo défend les intérêts des familles polonaises et estimer que sa révocation ne serait pas justifiée. En cas d’expulsion de son consul, la réaction polonaise sera « calme mais adéquate », a déclaré le secrétaire d’État Szymon Szynkowski vel Sęk, laissant ainsi entendre qu’un diplomate norvégien pourrait être expulsé à son tour de Pologne.

L’incident de juin, quand la police norvégienne avait été appelée pour faire sortir le consul de Pologne des locaux du Barnevernet, a fait l’objet au Parlement européen d’une interpellation du député tchèque Tomáš Zdechovský lui-même très impliqué contre le Barnevernet depuis l’affaire de sa compatriote Eva Michaláková, à qui l’on avait retiré ses deux enfants en 2011 sur des soupçons de sévices sexuels qui n’ont pas été confirmés par la justice. Ce n’est pas pour autant que Mme Michaláková a pu récupérer ses enfants, aujourd’hui âgés de 9 et 14 ans, et ses contacts avec eux ont été limités à deux fois quinze minutes par an, en présence de fonctionnaires du Barnevernet et en norvégien uniquement ! L’affaire avait causé des tensions diplomatiques entre la Norvège et la Tchéquie, mais c’est le Barnevernet qui a eu le dernier mot, à tel point que même le grand-père tchèque des deux enfants n’a pas eu le droit de les revoir une dernière fois avant de mourir en septembre 2017. Le président tchèque Miloš Zeman avait même comparé publiquement les pratiques du Barnevernet norvégien à celles en vigueur dans l’Allemagne nazie.

En 2011, une mère de famille polonaise avait réussi à faire enlever en Norvège dans sa famille d’accueil sa fille de 9 ans, avec la coopération de cette dernière, pour la ramener en Pologne. Elle avait engagé pour cela un détective privé polonais et son équipe et avait bénéficié de l’aide du consul de Pologne de l’époque, ce qui avait déjà provoqué un incident diplomatique entre la Norvège et la Pologne. Invoquant l’intérêt supérieur de l’enfant, la justice polonaise a ensuite refusé la demande norvégienne de restituer la petite, la laissant à ses parents.

À cause du Barnevernet, la Norvège a aussi eu des tensions diplomatiques avec la Roumanie. En 2015-2016, l’enlèvement par les services sociaux norvégiens des cinq enfants de la famille Bodnariu a même suscité des manifestations devant les ambassades de Norvège dans le monde entier. Aujourd’hui, cette famille roumano-norvégienne finalement réunie grâce à la pression internationale a choisi de vivre en Roumanie. C’est cette affaire qui a déclenché une enquête de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et qui a débouché en juin dernier sur un rapport adopté à une large majorité et critiquant tout particulièrement les atteintes aux droits des familles en Norvège.

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1 Comment

  1. Le droit des familles à bon dos ! Il s’agit de protéger les enfants, et on sait que c’est dans les familles qu’ont lieu la grande majorité des abus, violences physiques, morales, sexuelles. D’autre part quand on va vivre dans un autre pays que le sien on doit en accepter les lois, les coutumes, les usages. Sinon on va ailleurs ou on reste chez soi.
    Quant à l’instrumentalisation politique de ces affaires par ceux qui se complaisent à jeter de l’huile sur le feu pour voir si ça mousse, elle ne trompera que ceux qui aiment bien prendre leurs désirs pour la réalité, et pratiquent l’indignation à géométrie variable.

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