Pologne – Un projet de loi citoyen contre la sexualisation des enfants

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Par Olivier Bault.

Pologne – Le lundi 21 octobre avait lieu au Parlement européen un nouveau débat sur la Pologne. Il ne s’agissait pas cette fois de discuter des réformes de la justice mises en œuvre par le gouvernement de Mateusz Morawiecki, mais de l’accès à l’éducation sexuelle. En réalité, à part les eurodéputés polonais, il n’y avait à peu près personne. Il s’agissait, pour reprendre les mots du député du PiS Ryszard Legutko, « non pas de débattre mais de créer l’événement ». Dans la semaine qui a suivi sa défaite électorale, l’opposition gaucho-libérale polonaise tentait de renouer avec sa stratégie de 2015-16, à savoir d’organiser des manifestations de rue et de demander à l’UE de faire pression sur le PiS. L’occasion lui en était cette fois donnée par une nouvelle initiative citoyenne, qui a recueilli 265.00 signatures (il en faut au moins 100.000 pour porter un tel projet au parlement) et que la Diète sortante a adopté le 17 octobre en première lecture avec les voix du PiS.

Le projet de loi citoyen en question, intitulé Stop Pedofilii (« Stop à la pédophilie »), sera donc examiné en commission par la nouvelle Diète. Il a été lancé par l’organisation pro-vie Pro-Prawo do Życia (« Pro-Droit à la Vie »). Présenté par une partie de l’opposition comme interdisant l’éducation sexuelle à l’école, ce projet de loi prévoit en réalité d’interdire et punir toute action entreprise par des adultes en vue d’inciter les mineurs à avoir des relations sexuelles, ce qui inclut les ateliers d’éducation sexuelle conduits par des militants souvent liés aux milieux LGBT qui, avec l’accord de directeurs d’école naïfs ou idéologisés, viennent expliquer aux enfants, à l’insu des parents, que se masturber et regarder de la pornographie est quelque chose de tout à fait naturel et même de très sain, que les identités sexuelles et les sexualités sont fluctuantes et se valent toutes, qu’en cas de problème pour ceux qui choisiront l’hétérosexualité il y a l’avortement (même si l’avortement est interdit dans la majeure partie des cas en Pologne), et que tout ce qui compte est le consentement mutuel des participants à l’acte sexuel. En bref, il s’agit avec ce projet de loi de s’opposer à cette approche de l’éducation sexuelle proposée dans un document élaboré en 2010 en Allemagne par l’OMS – Région Europe et le Centre fédéral pour l’éducation à la santé (BZgA) à l’intention des gouvernements européens, intitulé « Standards pour l’éducation sexuelle en Europe ».

Ce sont justement ces standards que le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, du parti libéral Plateforme civique (PO), promettait de mettre en œuvre dans les écoles de la capitale polonaise lorsqu’il signait en février dernier une « charte LGBT+ » qui allait enflammer le débat avant les élections européennes et contribuer, en portant ce débat sur le terrain sociétal, à l’éclatante victoire du PiS en mai.

L’initiative citoyenne attribuée à tort au PiS par ses critiques et par certains médias n’interdit donc pas l’éducation sexuelle en tant que telle, contrairement à ce qu’a prétendu le député polonais et militant LGBT Robert Biedroń, chef du parti d’extrême gauche Wiosna, lors du débat au Parlement européen. En réalité, il stipule des peines de 2 à 3 ans de prison pour toute personne « qui promeut ou vante publiquement les comportements à caractère pédophile » ou « qui promeut ou vante publiquement les actes sexuels chez les mineurs ». Ces clauses visent aussi les personnes qui agiraient ainsi par le biais des médias ou en relation avec leur poste ou leur profession ou encore en relation avec une activité liée à l’éducation ou l’enseignement.

Le 25 octobre était justement la date choisie pour l’édition 2019 du « vendredi arc-en-ciel » organisé dans certaines écoles polonaises par l’ONG polonaise Kampania Przeciw Homofobii (KPH, Campagne contre l’homophobie »). Une action qui suscitait comme l’année dernière de fortes résistances. Cette année, pour éviter d’être tenue responsable, la KPH passe par les associations d’élèves comme celle qui prétendait organiser le 24 octobre, dans un lycée de Poznań, une « journée de la jupe » lors de laquelle les élèves des deux sexes étaient invités à venir en jupe. Si cette journée avait eu lieu, ce qui n’a pas été le cas en raison des réactions négatives, les garçons en jupe avaient la promesse qu’ils ne seraient pas interrogés par leurs professeurs ce jour-là.

Pour revenir au projet de loi citoyen « Stop à la pédophilie », plusieurs manifestations et événements ont été organisés dans la semaine qui a suivi les élections du 13 octobre sous l’intitulé « Automne moyenâgeux ». Parmi ces actions de protestation, une discothèque avec drapeaux LGBT a été organisée sous la fenêtre depuis laquelle le pape Jean-Paul II s’adressait aux habitants de Cracovie quand il s’y trouvait lors de ses pèlerinages en Pologne. C’était le 16 octobre, pour le 41e anniversaire de l’élection de Saint Jean-Paul II au trône de Saint Pierre. Pourtant, ce n’est pas l’Église qui est à l’origine du projet de loi citoyen contre lequel les manifestants souhaitaient protester.

Si le PiS a refusé de rejeter ce projet de loi en première lecture, ce qui est un engagement de principe pris avant les élections de 2015 pour ce qui concerne les initiatives citoyennes, il n’est pas dit que cette nouvelle initiative ne subira pas le sort de celle qui voulait interdire les avortements eugéniques (pour motif d’anomalie ou maladie grave et incurable de l’enfant à naître) et que le PiS a, après son adoption en première lecture en 2017, bloqué en commission jusqu’à la fin de la législature.

 

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