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Restrictions sanitaires : les professionnels du tourisme polonais entre débrouille et révolte

Temps de lecture : 4 minutes

Pologne – Le 18 janvier était en Pologne la date annoncée par les professionnels du tourisme d’hiver ayant rejoint le mouvement de protestation « Veto montagnard » pour la reprise de leur activité en dépit des restrictions sanitaires. Dans tous le pays, les propriétaires de remontées mécaniques, hôtels, restaurants ou clubs de fitness, fermés pour cause de pandémie, rejoignent la protestation sous le hashtag #otwieraMY, qui veut dire « Nous ouvrons ». Jeudi, lors d’une conférence de presse convoquée dans la ville touristique de Zakopane, dans les Tatras, par les organisateurs du « Veto montagnard » (Góralskie Veto), des professionnels du tourisme venus des rivages de la Baltique étaient aussi présents avec des banderoles portant l’inscription « Bałtyckie Veto », veto balte. Le site stop-lockdown.pl recense quant à lui les commerces ouverts.

Le gouvernement de Mateusz Morawiecki espère de son côté apaiser le mécontentement avec son programme de « bouclier financier » censé verser des compensations aux petites et moyennes entreprises privées de revenus : 20 milliards de zlotys (environ 4,5 milliards d’euros) qui seront distribués aux professionnels du tourisme et aux secteurs les plus affectés par les restrictions. Mais les autorités menacent aussi les récalcitrants de les priver de ces aides. Pour certains, cela ne change rien, car ils ne remplissent pas les conditions pour en bénéficier. C’est le cas par exemple de ceux qui offraient des chambres en bed & breakfast et qui n’ont pas de salariés. Pour les autres, c’est un calcul à faire. Les aides ne compenseront pas toutes les pertes et les professionnels du tourisme, hôteliers et restaurateurs estiment qu’ils pourraient très bien fonctionner en respectant les règles de distanciation sociale tant que la pandémie de Covid-19 dure encore.

Dès le 15 janvier, le journal régional Dziennik Wschodni annonçait que la remontée mécanique de Chrzanów, dans les collines à mi-chemin entre Katowice et Cracovie, était ouverte. Le propriétaire de la petite station estime que le décret interdisant l’ouverture des pistes de ski donne une définition imprécise de ces pistes et que sa station n’entre pas dans cette définition. Une approche toute polonaise. Avant les vacances de Noël, les hôtels à Zakopane et ailleurs en montagne accueillaient toujours les touristes malgré l’interdiction, mais en leur demandant de signer une attestation comme quoi ils étaient en voyage professionnel, puisque de telles nuitées étaient encore autorisées. D’autres louaient aux touristes un local où entreposer leurs skis la nuit et offraient gracieusement une chambre pour leur permettre de surveiller eux-mêmes leur matériel. C’est ce qui a poussé le gouvernement polonais à ordonner la fermeture des remontées mécaniques et à limiter encore plus les conditions autorisant des séjours à l’hôtel, contraignant la plupart à fermer purement et simplement. Certains contournent malgré tout les interdictions, tels les propriétaires des petites maisons individuelles en bois tout confort, qui vous feront signer un contrat de location de longue durée à montrer en cas de contrôle, et un autre, officieux, pour la location de quelques jours. Cinquante ans de communisme, cela forme à la débrouille, un art où les Polonais sont maîtres.

« Quand le droit est idiot, c’est bien de l’enfreindre », affirme le libéral-conservateur Korwin-Mikke. Ses alliés nationalistes au sein de Konfederacja, la Confédération, sont en pointe pour ce qui est de dénoncer les restrictions actuelles sur la liberté d’entreprise. Même le plus gros groupe d’opposition, la Coalition civique (KO) conduite par la Plateforme civique (PO), cherche aujourd’hui à prendre le train de la protestation en marche, comme elle l’avait aussi fait pour les manifestations pro-avortement. La KO organisait ce lundi des conférences de presse dans toute la Pologne pour demander au gouvernement de lever les restrictions sanitaires touchant les entrepreneurs. Le parti agraire PSL, qui gouvernait avec la PO dans les années 2007-15, s’est lui aussi dit partisan de permettre le redémarrage de toutes les activités en respectant les règles sanitaires. Pour le moment néanmoins, les restrictions en place continuent de s’appliquer au moins jusqu’au 31 janvier. Outre le PiS qui gouverne, seule la gauche post-communiste semble encore favorable au maintien des restrictions.

Le gouvernement de Mateusz Morawiecki a fait depuis le début le choix de ne pas décréter d’état d’urgence. Mais cette décision est critiquée par de nombreux juristes qui estiment que, dans ces conditions, les ordres de fermeture d’activité sont inconstitutionnels et illégaux. C’est ainsi qu’un juge a donné raison à un coiffeur contre le Sanepid, l’inspection sanitaire nationale, qui lui avait appliqué une amende de 10 000 zlotys (environ 2 200 €) pour avoir ouvert son salon au printemps à un moment où les coiffeurs avaient interdiction d’exercer (ce qui n’est plus le cas pendant cette « deuxième vague » de la pandémie). Les motifs du jugement publiés début janvier ont de quoi inquiéter le gouvernement de Morawiecki et notamment son ministre de la Santé Adam Niedzielski, plus encore que les nombreuses amendes annulées par les tribunaux pour non-port du masque dans la rue et autres infractions aux règles sanitaires exceptionnelles. De nombreux entrepreneurs envisagent en effet de poursuivre l’État polonais en dommages-intérêts devant les tribunaux pour obtenir réparation des pertes subies depuis le début des mesures prises contre la pandémie.

Malgré le mécontentement grandissant suscité par les restrictions sanitaires somme toute moins pesantes que les couvres-feux et autres restrictions sur les déplacements mis en place dans d’autres pays européens, le PiS reste largement en tête des intentions de vote des Polonais et a même récupéré une partie des points perdus lors des manifestations pro-avortement d’octobre-novembre.